{"id":88,"date":"2018-02-25T15:20:39","date_gmt":"2018-02-25T15:20:39","guid":{"rendered":"https:\/\/chaotidien.wordpress.com\/?p=88"},"modified":"2018-02-25T15:20:39","modified_gmt":"2018-02-25T15:20:39","slug":"holmes-et-la-survivance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chaotidien.fr\/?p=88","title":{"rendered":"Holmes et la survivance"},"content":{"rendered":"<p><em>The first step is to understand what the artist had in mind, and for me any work of art that is intended for interpretation is first of all a human document and my relationship to it when I perform it<\/em>.<br \/>\nMravinski, chef d&#8217;orchestre russe<\/p>\n<p><em>The process of crafting an image is informed by the artist&#8217;s worldview. The worldview is shaped by the artist&#8217;s time, country of residence, culture, his daily interactions, his unique intellectual and physical attributes<\/em>.<br \/>\nGeorgi Rerberg, directeur de la photographie (Le miroir de Tarkovski, entre autres)<\/p>\n<p>Rerberg and Tarkovsky: The Reverse Side of &#8216;Stalker&#8217; (2009) :<br \/>\nhttps:\/\/www.youtube.com\/watch?v=rUTyi3eHcZM<\/p>\n<p>Est-ce qu\u2019on peut faire la lecture critique d\u2019une vie non-fictionnelle comme on fait la lecture critique d\u2019un film, ou d\u2019une \u0153uvre dite de fiction ? La fiction est ici \u00e9voqu\u00e9e comme pratique artistique et produit de cette pratique, la non-fiction comme le champ de l\u2019exp\u00e9rience humaine d\u2019\u00eatres qui naissent, vivent, meurent et se d\u00e9composent. Ma lecture du film Mr Holmes donne \u00e0 entendre la part fictionnelle de tout \u00eatre de chair et de sang. Le fictionnel n\u2019\u00e9tant pas le fictif. Le fictif servant souvent de terme p\u00e9joratif employ\u00e9 \u00e0 l\u2019encontre du fictionnel, ou de tout ce qui est consid\u00e9r\u00e9 comme fictionnel, par un observateur qui se dit attach\u00e9 aux faits et seulement aux faits \u00ab objectifs \u00bb, et qui sont souvent en r\u00e9alit\u00e9 objectiv\u00e9s par le discours de l\u2019attachement \u00e0 un \u00ab purement factuel \u00bb dont la puret\u00e9 \u00e9chappe cependant \u00e9ternellement \u00e0 l\u2019observateur. Holmes (dans le film Mr Holmes) qualifie de fictives les histoires de Watson jusqu\u2019\u00e0 sa prise de conscience de l\u2019importance de la part d\u2019imagination, du r\u00e9cit, de la fiction pour maintenir les liens avec autrui, ou plut\u00f4t pour cr\u00e9er des liens non utilitaires, non instrumentalisant, \u00ab inefficaces \u00bb et incarn\u00e9s.<br \/>\nPar ailleurs, est-ce que cette lecture peut \u00eatre autre chose qu\u2019une non-lecture c\u2019est-\u00e0-dire une reproduction en mots de ce que le film donne \u00e0 voir pas tant en images mais en organisation de la pens\u00e9e, forme de pens\u00e9e et vision du monde ? Le format cin\u00e9matographique, les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la psychanalyse, bien qu\u2019indirectes, la m\u00e9moire, l\u2019utilisation d\u2019objets \u00ab m\u00e9moires \u00bb, d\u2019objets du seuil, de relations transf\u00e9rentielles, le regard sur le vieillissement, la solitude, la s\u00e9nilit\u00e9 ne sont-ils pas partie constituante d\u2019une forme de pens\u00e9e et d\u2019expression de la pens\u00e9e ne pouvant que donner lieu \u00e0 la forme d\u2019interpr\u00e9tation qui fut mienne de Mr Holmes ? Autrement dit, suis-je sorti du film ou suis-je dans sa continuit\u00e9 ? Ai-je \u00e9t\u00e9 critique, offrant une lecture ext\u00e9rieure, ou bien n\u2019ai-je fait appara\u00eetre l\u00e0 que les fils sous-tendant son \u00e9criture ? \u00e0 l\u2019instar d\u2019un enfant qui d\u00e9monterait pour mieux pouvoir le reconstruire un \u00e9difice b\u00e2ti en lego par quelqu\u2019un d\u2019autre avant lui, mais ne peut fabriquer qu\u2019avec ces lego \u00e0 sa disposition une fois d\u00e9mont\u00e9s. Est-ce que j\u2019ai utilis\u00e9 les briques de lego du film pour le d\u00e9composer afin de composer ma lecture [si tant est que ma lecture soit autre chose que l\u2019\u00e9criture elle-m\u00eame] ou est-ce que les \u00e9l\u00e9ments sur lesquels je m\u2019appuie sont des pi\u00e8ces composant une forme de trame qui n\u2019\u00e9tait pas forc\u00e9ment celle initi\u00e9e par le r\u00e9alisateur ou le sc\u00e9nariste, et qui sont un mat\u00e9riau \u00e0 part, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du film, des lego d\u2019une autre nature, d\u2019un autre genre ?<br \/>\nLa premi\u00e8re question tout d\u2019abord. Est-ce que cette lecture peut ou non se rapporter \u00e0 une vie non fictionnelle, c\u2019est-\u00e0-dire qui n\u2019appartient pas au champ de la cr\u00e9ation artistique mais est travers\u00e9e singuli\u00e8rement par un \u00eatre humain ? Il y a plusieurs niveaux de r\u00e9ponse \u00e0 mon sens. Le premier niveau, ou plut\u00f4t celui qui me vient imm\u00e9diatement, a \u00e0 voir avec le caract\u00e8re m\u00eame de ce que je nomme une cr\u00e9ation artistique. La vie singuli\u00e8re d\u2019un \u00eatre humain, d\u2019une personne est-elle autre qu\u2019une fiction ? Et si elle est autre chose, qu\u2019est-elle de plus, de moins ou de diff\u00e9rent ? Et dans ce cas qu\u2019est ce qui la distingue d\u2019une fiction ?<br \/>\nPour Mankell, auteur de polars su\u00e9dois \u00e0 succ\u00e8s, et ce qu\u2019il \u00e9voque de la vie dans Sables mouvants, un essai autobiographique r\u00e9dig\u00e9 alors qu\u2019il se sait atteint d\u2019un cancer, la vie n\u2019est autre que l\u2019art de la survie. Mankell affirme que l\u2019esp\u00e8ce humaine est avant tout, comme toute autre esp\u00e8ce, d\u00e9di\u00e9e \u00e0 sa propre survie en tant qu\u2019esp\u00e8ce et que cette \u00ab survivance \u00bb, en tant que l\u2019action m\u00eame de survivre, est en quelque sorte une prim\u00e9it\u00e9 \u00e0 toute forme de vie organis\u00e9e, et pourquoi pas \u00e0 toute forme de vie [ce qui est discutable sauf si l\u2019on consid\u00e8re que les formes de vie survivantes sont les formes de vie abouties en tant qu\u2019esp\u00e8ce, compl\u00e8tes\u2026 mais cela pose des probl\u00e8mes d\u2019\u00e9chelle de temps]. Manger, boire, dormir sont des n\u00e9cessit\u00e9s premi\u00e8res auxquelles s\u2019ajoutent se reproduire, se prot\u00e9ger, etc. L\u2019esp\u00e8ce humaine a fait au fil des si\u00e8cles de la vie, de son organisation sociale et de chaque vie personnelle au sein de la soci\u00e9t\u00e9, une forme artistique de survie, dimension premi\u00e8re du maintien de la vie. Les plaisirs de la bouche, des yeux, des oreilles, de tous les sens ou de toutes les facult\u00e9s mentales et physiques sont d\u00e9multipli\u00e9es dans les formes de vie humaines l\u00e0 o\u00f9 l\u2019exigence minimale [et maximale car indispensable] de survie ne demanderait sans doute pas un tel raffinement. Mankell, crois-je me souvenir, transforme dans son texte la vie en acte artistique visant \u00e0 oublier que l\u2019on est des survivants et que notre r\u00f4le est de faire survivre l\u2019esp\u00e8ce. En quelque sorte l\u2019\u00eatre humain transforme une n\u00e9cessit\u00e9 sur laquelle il n\u2019a aucun contr\u00f4le en plaisir, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle personnelle et sociale, et fait de la transmission de ce plaisir une n\u00e9cessit\u00e9 organisable pour effacer ou faire dispara\u00eetre la n\u00e9cessit\u00e9 premi\u00e8re, primale de la survie.<br \/>\nJe lisais plus t\u00f4t dans la journ\u00e9e un article indiquant que les enfants des ann\u00e9es 2010 sont victimes de troubles de l\u2019attention et d\u2019angoisses beaucoup plus fr\u00e9quemment que dans les ann\u00e9es 80, l\u2019une des raisons \u00e9voqu\u00e9es \u00e9tant la diminution du r\u00f4le du jeu, ou la disparition m\u00eame du jeu, ainsi que le contr\u00f4le extr\u00eame exerc\u00e9 par les parents sur leurs enfants \u00e0 travers leur \u00ab \u00e9ducation \u00bb. Je vois pour ma part une distance de plus en plus grande se creuser entre le monde dont nous sommes une composante vivante sp\u00e9cielement (en tant qu\u2019esp\u00e8ce) et singuli\u00e8rement (en tant que personnes singuli\u00e8res au sein de cette esp\u00e8ce) et le monde au sein duquel nous avons r\u00e9ellement un impact, c\u2019est-\u00e0-dire dans lequel nous agissons de mani\u00e8re visible et intentionnelle. Les r\u00e9dacteurs de l\u2019article indiquent que la tendance existait avant l\u2019av\u00e8nement des nouvelles technologies de l\u2019information et de snapchat pour reprendre l\u2019exemple cit\u00e9. Mais l\u00e0 encore se d\u00e9voile une forme de n\u00e9gation des conditions d\u2019av\u00e8nement des nouvelles technologies, de leur av\u00e8nement historique, social, intellectuelle, soit toute autre chose qu\u2019une apparition brutale qui aurait eu lieu entre les ann\u00e9es 80 et 2010. Il me semble que si l\u2019\u00e9cran, ou les \u00e9crans auxquels sont de plus en plus raccord\u00e9s les enfants et les parents ne sont pas la cause des troubles v\u00e9cus par les enfants (et les parents) mais sont la forme la plus aboutie d\u2019un rapport au monde dans sa disparition, sa distance ou dans la s\u00e9paration de l\u2019\u00eatre humain de sa composante premi\u00e8re, la survie dans un monde o\u00f9 il n\u2019est pas seul et qui d\u00e9termine le temps de son passage comme \u00eatre sur-vivant. Pour en revenir donc \u00e0 la vie comme art de la survie, il me semble que nous avons atteint un point critique, voire un point de non-retour et que la survie dont nous avons voulue camoufler la n\u00e9cessit\u00e9 primale derri\u00e8re une forme artistique de vie resurgit sous une forme terrifiante et terrifi\u00e9e au moment o\u00f9 de nombreuses menaces (ou perceptions de menaces) p\u00e8sent sur l\u2019\u00eatre humain mais plus fortement encore sur le \u00ab monde \u00bb dans lequel nous sommes cens\u00e9s survivre en tant qu\u2019esp\u00e8ce et en tant que multitude de formes singuli\u00e8res de cette espace. Qu\u2019en est-il de la part de fiction dans nos vies singuli\u00e8res, ou plut\u00f4t qu\u2019est ce qui nous permet de distinguer la part du survivant de la part du vivant ? Limiter la survie aux n\u00e9cessit\u00e9s premi\u00e8res, se nourrir, boire, se reproduire serait une erreur \u00e0 mon sens. De la m\u00eame mani\u00e8re, dire de la vie humaine qu\u2019elle n\u2019est que la forme artistique, c\u2019est-\u00e0-dire superflue, repr\u00e9sent\u00e9e, de la survie premi\u00e8re reviendrait \u00e0 transformer l\u2019\u00eatre humain en une sorte de machine \u00e0 contrainte double ; une contrainte op\u00e9rative purement m\u00e9canique et une contrainte fictionnelle visant purement \u00e0 invisibiliser cette contrainte m\u00e9caniste. La fronti\u00e8re est t\u00e9nue, et il est difficile de voir en l\u2019orgasme, par exemple, un simple proc\u00e9d\u00e9 m\u00e9caniste ou une seule forme artistique camouflant la n\u00e9cessaire survie. L\u2019orgasme rel\u00e8ve sans nul doute des deux \u00ab dimensions \u00bb, que l\u2019on pourrait d\u00e9crire \u00e9galement comme une dimension de survie \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019esp\u00e8ce (et qui ne lui est pas propre) et une dimension singuli\u00e8re de vie \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de chaque \u00eatre humain, l\u2019art de la survie devenant d\u00e8s lors l\u2019organisation de la vie singuli\u00e8re dans l\u2019universel de la pr\u00e9servation de l\u2019esp\u00e8ce. Mais au-del\u00e0 ce pour quoi l\u2019orgasme \u00ab existe \u00bb, si tant est qu\u2019il ait un sens autre que celui d\u2019inciter les membres de l\u2019esp\u00e8ce \u00e0 se reproduire et fasse donc partie de l\u2019\u00e9volution biologique, sp\u00e9cielle (pas en propre puisque l\u2019orgasme est partag\u00e9 par une multitude d\u2019esp\u00e8ces) et culturelle par appropriation de l\u2019\u00eatre humain, ce qui est le plus apparent dans l\u2019orgasme c\u2019est sa repr\u00e9sentation, sa place dans la soci\u00e9t\u00e9, sa d\u00e9fense, son interdiction, son caract\u00e8re tabou, son statut de jauge d\u2019une relation saine et heureuse et ainsi de suite. Quel que soit la fonction de l\u2019orgasme dans la p\u00e9rennit\u00e9 de l\u2019esp\u00e8ce humaine, son r\u00f4le est largement d\u00e9pass\u00e9, en termes d\u2019importance reconnue par tous, par son r\u00f4le dans le bien \u00eatre personnel, amoureux, dans l\u2019\u00e9valuation du plaisir, dans les techniques qui sont d\u00e9di\u00e9es \u00e0 sa multiplication, son amplification, sa d\u00e9couverte et ainsi de suite. Plus largement, m\u00eame si justement la jouissance et l\u2019orgasme ont des r\u00e9percussions qui d\u00e9passent le simple acte sexuel et la reproduction de la vie lorsqu\u2019on les associe \u00e0 la \u00ab petite mort \u00bb, l\u2019importance qu\u2019accorde chaque \u00eatre humain \u00e0 ses origines g\u00e9ographiques, familiales, linguistiques, culturelles et la forme ou les formes de r\u00e9cits qu\u2019il en tire sont des signes difficilement contestables de la place prise par la fiction, c\u2019est-\u00e0-dire une forme de r\u00e9cit dont le contenu n\u2019a pas \u00e0 correspondre \u00e0 une authenticit\u00e9 d\u2019un v\u00e9cu dont il serait la mise en sc\u00e8ne. Cela renvoie \u00e0 mon sens \u00e0 toute tentative d\u2019\u00e9criture, d\u2019expression, de parole, de donner \u00e0 entendre et voir les \u00e9l\u00e9ments du \u00ab pass\u00e9 \u00bb qui sont sans exception des formes de fiction. Se pose naturellement la question de l\u2019histoire et de son importance en tant que science de la connaissance des faits du pass\u00e9 pour comprendre le pr\u00e9sent. Dire que l\u2019histoire est une forme de fiction ne signifie pas que tous les historiens font leur travail correctement quels que soient leurs propos ; l\u2019histoire est fiction dans le sens ou jamais aucun r\u00e9cit historique ne parviendra \u00e0 redonner \u00e0 voir, \u00e0 lire, \u00e0 comprendre, \u00e0 sentir les circonstances, les faits, les \u00e9v\u00e8nements du pass\u00e9 tels qu\u2019ils se sont \u00ab exactement d\u00e9roul\u00e9s \u00bb, ou plut\u00f4t d\u00e9roul\u00e9s dans leur espace-temps et l\u2019exp\u00e9rience des milliers d\u2019\u00eatres vivants concern\u00e9s ou de la personne vis\u00e9e par l\u2019exploration historique. La fiction historique ne portant pas tant sur la v\u00e9racit\u00e9 des faits, ou de certains faits, mais sur la fa\u00e7on dont ces faits peuvent \u00eatre rapport\u00e9s ; Sebald montre cela dans son roman Austerlitz \u00e0 travers le personnage du professeur Hillary. Les batailles napol\u00e9oniennes dont il est un admirateur sont l\u2019objet dans ses cours de pr\u00e9sentations longues, passionn\u00e9es, d\u00e9taill\u00e9es qui fascinent tous les \u00e9l\u00e8ves. Cependant, Hillary apr\u00e8s chacun de ses r\u00e9cits d\u00e9plore que pour donner vie ne serait-ce qu\u2019\u00e0 vingt-quatre heures de la bataille d\u2019Austerliz, il faudrait une \u00e9ternit\u00e9 et que l\u2019histoire se r\u00e9duit souvent \u00e0 utiliser des raccourcis tels que \u00ab la bataille \u00e9tait incertaine \u00bb. Admettre le caract\u00e8re fictionnel de toute histoire, de tout r\u00e9cit historique permet de cesser le combat sans fin sur la v\u00e9rit\u00e9 historique, et de se consacrer \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019une fiction historique au plus proche de ce qui a pu se d\u00e9rouler tout en sachant que jamais l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 des circonstances d\u2019un \u00e9v\u00e8nement historique ne sera saisie et redonn\u00e9e \u00e0 voir.<\/p>\n<p>En \u00e9crivant cela je vois \u00e0 quel point la notion de fiction est incompl\u00e8te, inadapt\u00e9e. Il est bien ais\u00e9 ici de s\u2019immiscer dans la diction historique pour \u00e9tablir que toutes les fictions se valent. Mais si la fiction historique n\u2019est pas la v\u00e9rit\u00e9, elle n\u2019est pas non plus une contre-v\u00e9rit\u00e9. Elle est un regard que se donne une soci\u00e9t\u00e9 sur son pass\u00e9. Non pas un mythe, mais une \u00e9laboration permanente de ce pass\u00e9 toujours pr\u00e9sent, qui hante chacun de nous. Elle montre la distance \u00e0 pr\u00e9server de tout imaginaire de v\u00e9rit\u00e9 absolue, de fictivit\u00e9, de contre-v\u00e9rit\u00e9 assum\u00e9e. Le travail des historiens est fondamental mais ne peut recouvrir des zones temporelles, spatiales et empiriques d\u2019une seule lecture aussi proche de la \u00ab v\u00e9rit\u00e9 \u00bb soit-elle, c\u2019est-\u00e0-dire aussi proche des r\u00e9sultats visibles ou sensibles, de la surface, des formes audibles ou lisibles de ce sur quoi l\u2019analyse historique porte, car ces zones temporelles, spatiales et empiriques sont toujours mouvantes, des dynamiques vivantes en chacun de nous, et la transmission de nos exp\u00e9riences de vie, de ces espaces en mouvement, de ces temps en tant qu\u2019exp\u00e9riences v\u00e9cues, rev\u00e9cues, rem\u00e9mor\u00e9s, enfouies, relat\u00e9es et transmises et vibrantes et silencieuses constitue tout autant que l\u2019histoire une forme fictionnelle fondamentale de chaque \u00eatre humain au sein de la soci\u00e9t\u00e9. La recherche d\u2019une forme absolue de v\u00e9rit\u00e9, qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019histoire comme science exacte ( ou de sa vision, de son utilisation \u00e0 des fins d\u2019exactitude) ou de la math\u00e9matique comme langage de reproduction et production du monde, marginalise les formes spontan\u00e9es de transmission, minimise leur impact, leur oscillation et leur circulation en \u00e9crasant sur l\u2019espace de l\u2019imagination singuli\u00e8re, propre \u00e0 chacun, des imaginaires absolus, et il n\u2019est pas surprenant qu\u2019apparaisse depuis quelques d\u00e9cennies de mani\u00e8re aussi forte le concept de storytelling qui emprunte \u00e0 la fable, au r\u00e9cit spontan\u00e9 et articul\u00e9 de la transmission interg\u00e9n\u00e9rationnelle, au conte, pour donner place \u00e0 l\u2019h\u00e9ro\u00efsme de tous les instants, la subjectivit\u00e9 miraculeuse, l\u2019exceptionnalit\u00e9 en lieu et place de la r\u00e9p\u00e9tition singuli\u00e8re. Plus personne ne lit disait Roberto Bola\u00f1o, d\u00e9sormais tout le monde \u00e9crit.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>The first step is to understand what the artist had in mind, and for me any work of art that is intended for interpretation is first of all a human document and my relationship to it when I perform it. 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