{"id":366,"date":"2025-01-07T11:22:15","date_gmt":"2025-01-07T10:22:15","guid":{"rendered":"http:\/\/chaotidien.fr\/?p=366"},"modified":"2025-01-07T11:22:49","modified_gmt":"2025-01-07T10:22:49","slug":"to-be-or-not-to-be-charlie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chaotidien.fr\/?p=366","title":{"rendered":"To be or not to be Charlie&#8230;"},"content":{"rendered":"\n<p>(premi\u00e8re publication le 15\/01\/2015)<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, cette question n&#8217;en est pas une. Nous sommes dans un ordre de discours ou il ne peut y avoir de question. Il ne peut y avoir qu&#8217;une modalit\u00e9. La substitution. Aucune Superposition n&#8217;est possible. Aucun rapport n&#8217;est possible. La fusion, l&#8217;opposition, ou le remplacement cher aux contempteurs d&#8217;un visage de notre culture qui leur fait peur, oui, mais ni s\u00e9paration, ni \u00e9change, ni encore moins dialogue. On me dit, quelques personnes ayant v\u00e9cu \u00e0 une autre p\u00e9riode, que les d\u00e9clarations \u00ab&nbsp;<em>Je suis un juif allemand&nbsp;<\/em>\u00bb et &#8220;<em>nous sommes tous des juifs allemands<\/em>&#8221; avaient du sens dans les ann\u00e9es 60 et 70, que cela permettait de donner une place \u00e0 des oubli\u00e9s et des rejet\u00e9s. De faire montre de solidarit\u00e9. De dire qu&#8217;on aurait pu \u00eatre \u00e0 leur place et que nous ne les rejetons pas pour avoir surv\u00e9cus, pour avoir travers\u00e9 la catastrophe, vivants ou morts. Je me demande combien de personnes \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque \u00e9taient \u00e9galement des villageois bi\u00e9lorusses, des Tziganes, des homosexuels allemands, des tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais et j&#8217;en passe. A vouloir \u00eatre tout le monde, tous ceux qui sont morts soit en combattant soit sans combattre, soit en soldat soit en civil, juif, chr\u00e9tien ou musulman, il me semble qu&#8217;il ne resterait plus personne qui ne soit pas autre chose qu&#8217;elle m\u00eame. Ou bien plut\u00f4t que puisque \u00ab&nbsp;tout le monde&nbsp;\u00bb deviendrait \u00ab&nbsp;personne&nbsp;\u00bb serait d\u00e9sormais impossible l&#8217;exp\u00e9rience de la diff\u00e9rence, du rapport \u00e0 la diff\u00e9rence, de la singularit\u00e9 et m\u00eame du hasard. Si la personne est originellement un masque et un ensemble de masques, la personne qui devient, ou plut\u00f4t qui <em>est <\/em>tout le monde, n&#8217;a plus besoin de masque puisqu&#8217;elle est en m\u00eame temps juive, s\u00e9n\u00e9galaise, bi\u00e9lorusse. On retrouve cette grande neutralisation post-guerre dans les d\u00e9clarations de communion \u00ab&nbsp;je suis Charlie&nbsp;\u00bb ou de d\u00e9sunion \u00ab&nbsp;je ne suis pas Charlie.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre les personnes se disant \u00eatre des juifs allemands dans les ann\u00e9es 60 et 70 le faisaient-elles dans un contexte particulier, de d\u00e9ni, de rejet des juifs apr\u00e8s la seconde guerre mondiale et les camps d&#8217;extermination, de difficult\u00e9 pour les juifs d&#8217;exister socialement en tant que juifs ou avec les signes d&#8217;une \u00ab&nbsp;jud\u00e9it\u00e9&nbsp;\u00bb qu&#8217;il s&#8217;agisse du nom, de leur histoire ou d&#8217;autre chose (parent\u00e9, rituels&#8230;), notamment pour ceux et celles qui avaient surv\u00e9cu aux camps. Il n&#8217;est pas inutile de rappeler que m\u00eame en Isra\u00ebl, apr\u00e8s la guerre, les rescap\u00e9s des camps n&#8217;avaient pas vraiment int\u00e9r\u00eat \u00e0 divulguer leur pass\u00e9 et \u00e9taient appel\u00e9s \u00ab&nbsp;savons&nbsp;\u00bb par les Isra\u00e9liens. Nous ne pouvons d\u00e8s lors nier la port\u00e9e qu&#8217;ont pu avoir les d\u00e9clarations de non-juifs se disant juifs. Cependant nous entrons par ce biais dans un ordre de discours du degr\u00e9, de l&#8217;\u00e9chelle&nbsp;; certaines morts et certaines vies en valent plus que d&#8217;autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Dire \u00ab <em>nous sommes tous des juifs allemands<\/em> \u00bb signifiait, puisqu\u2019alors ceux qui disaient cela ne disaient pas qu&#8217;ils \u00e9taient tous tirailleur s\u00e9n\u00e9galais, que le juif allemand \u00e9tait celui qui m\u00e9ritait de notre part le plus de compassion, celui dont la mort et la vie \u00e9taient les plus symboliques, la plus inf\u00e2me d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 et la plus m\u00e9ritante de l&#8217;autre au point de vouloir faire de tout le monde des juifs allemands. Cette forme de diff\u00e9rentiation dans \u00ab&nbsp;l&#8217;\u00eatre&nbsp;\u00bb amenait, entra\u00eenait avec elle, l&#8217;inverse de ce qu&#8217;elle \u00e9tait cens\u00e9e cr\u00e9er. Elle cr\u00e9ait une forme de neutralisation. A partir de ce point d&#8217;origine nouvellement cr\u00e9\u00e9 \u2013 avant je n&#8217;\u00e9tais pas juif allemand, mais \u00e0 partir de ce jour o\u00f9 je l&#8217;annonce, je le suis, ou bien ce jour-l\u00e0 je le suis devenu) pouvait se construire une pens\u00e9e diss\u00e9minante ou contagieuse &#8211; je suis cela, alors je peux \u00eatre cela \u00e9galement, ou bien cela encore&#8230;ou encore tu es cela, mais moi je suis cela et cela \u2013 et binaire \u2013 Tu es juif allemand, mais moi je ne le suis pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce discours de substitution (de remplacement) cens\u00e9 faire appara\u00eetre celui ou celles ou ceux dont il est question, ceux ou celles qu&#8217;il s&#8217;agit de repr\u00e9senter parce qu&#8217;ils sont morts, d&#8217;honorer parce qu&#8217;ils ont souffert plus que les autres, parce qu&#8217;ils sont morts pour nous \u2013 \u00ab<em>&nbsp;ils sont morts pour que nous soyons libres<\/em>&nbsp;\u00bb est une phrase \u00e0 la fois prononc\u00e9e lors de la manifestation du 11 janvier 2015 et lue dans les m\u00e9dias \u00e0 propos des journalistes de Charlie Hebdo, des gardiens de la paix ou de l&#8217;agent d&#8217;accueil tu\u00e9s le 7 janvier 2015 par les fr\u00e8res Kouachi&nbsp;; une phrase qui n&#8217;est pas sans rappeler un certain sacrifice christique. Elle fut prononc\u00e9e par Fran\u00e7ois hollande entre autres \u2013 produit l&#8217;effet inverse de celui recherch\u00e9&nbsp;; il vient recouvrir les morts&nbsp;; il vient les enterrer plus profond\u00e9ment encore. Ce discours a quelque chose \u00e0 voir avec la pratique cannibale, qu&#8217;elle soit chr\u00e9tienne par l&#8217;absorption symbolique d&#8217;une partie du corps du christ ou de son sang, ou br\u00e9silienne telle que d\u00e9crite par Montaigne au 16\u00e8me si\u00e8cle&nbsp;; une certaine pratique rituelle qui consiste \u00e0 manger le corps de celui dont on veut prendre la force, l&#8217;habilet\u00e9, ou le courage, pour ce qui concerne les journalistes de Charlie Hebdo, puisque l&#8217;on consid\u00e8re globalement dans les m\u00e9dias qu&#8217;il \u00e9tait courageux de leur part de caricaturer le proph\u00e8te de l&#8217;Islam (ce qui donne \u00e0 entendre le r\u00f4le jou\u00e9 par les m\u00e9dias lors de la publication des caricatures, faisant de Charlie Hebdo alors le symbole de la libert\u00e9 d&#8217;expression). En disant \u00ab&nbsp;Je suis Charlie&nbsp;\u00bb, Charlie dispara\u00eet avant m\u00eame d&#8217;avoir pu r\u00e9appara\u00eetre en tant que tel, en tant que ses auteurs, copains, amis, accord\u00e9s ou non, morts lors d&#8217;un comit\u00e9 de r\u00e9daction. Ce discours a quelque chose \u00e0 voir avec la morale, et son double la vertu&nbsp;; \u00ab&nbsp;Je suis Charlie&nbsp;\u00bb quoi qu&#8217;il advienne d\u00e9sormais et j&#8217;en suis fier. Loin de moi l&#8217;id\u00e9e que des journalistes m\u00e9ritent de mourir pour leurs articles ou leurs dessins, qu&#8217;il s&#8217;agisse de journalistes \u00e0 Gaza, au Mexique ou en France, pour des raisons politiques, criminelle ou religieuses. Mais il est fondamental de se poser la question du contexte et des intentions d&#8217;\u00e9criture ou de publication de ces caricatures&nbsp;; il est fondamental d&#8217;observer que Charlie n&#8217;\u00e9tait pas \u00ab&nbsp;Charlie&nbsp;\u00bb lors du comit\u00e9 de r\u00e9daction ayant abouti \u00e0 la publication des caricatures de Mahomet, puisque les membres du comit\u00e9 de r\u00e9daction n&#8217;\u00e9taient pas tous d&#8217;accord et que le Charlie en question avait des allures de CharlieS&nbsp;; il est fondamental de se demander ce qui a pu amener des fran\u00e7ais, des personnes vivant dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise, la constituant et constitu\u00e9s par elle, de langue fran\u00e7aise, \u00e9duqu\u00e9s dans les \u00e9coles r\u00e9publicaines, \u00e0 se munir de Kalashnikov et \u00e0 tirer pour les tuer avec sang froid sur des \u00eatre vivants, \u00e0 les consid\u00e9rer comme leurs ennemis mortels (un article paru dans reporterre donne \u00e0 entendre une histoire, qui si elle ne vient pas justifier l&#8217;acte des fr\u00e8res Kouachi donne \u00e0 voir leurs conditions d&#8217;existence de l&#8217;enfance \u00e0 la vie adulte, conditions sordides et bien fran\u00e7aises). Dire \u00ab&nbsp;je suis Charlie&nbsp;\u00bb revient \u00e0 dire des fr\u00e8res Kouachi qu&#8217;ils sont djihadistes et se suffir de cela. Les faire na\u00eetre l\u00e0. C&#8217;est ne pas se poser la question de l&#8217;histoire \u00e0 la fois du journal et de ces hommes. C&#8217;est surtout se jeter la t\u00eate la premi\u00e8re dans ce qui permet de ne pas se poser la question de notre propre r\u00f4le au quotidien dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 la violence institutionnelle a depuis longtemps circonscrit le conflit au champ de bataille ou \u00e0 la zone \u00e0 d\u00e9fendre, c&#8217;est-\u00e0-dire des endroits o\u00f9 la mort d&#8217;\u00e9tat r\u00f4de, et qui pr\u00f4ne le consensus, le participatif, l&#8217;unanimisme machinique. Dire \u00ab&nbsp;Je suis Charlie&nbsp;\u00bb signifie utiliser le m\u00eame registre de discours que les djihadistes d&#8217;Al Qaida au yemen dont le journal <em>Inspire<\/em> fait d\u00e9monstration et \u00e9crit que les djihadistes sont \u00ab&nbsp;tous des oussama&nbsp;\u00bb, ou encore le discours bleu, blanc rouge du front national qui ne cesse de proposer une image fig\u00e9e de ce qu&#8217;\u00eatre fran\u00e7ais signifie, ou plut\u00f4t ne signifie pas puisque eux m\u00eames sont bien incapables de dire ce que Fran\u00e7ais veut dire. Dire \u00ab&nbsp;Je suis Charlie&nbsp;\u00bb revient \u00e0 reconna\u00eetre les siens et \u00e9jecter tous les autres, \u00e0 la mani\u00e8re d&#8217;un Zemmour qui verrait bien quelque chalutier renvoyer on ne sait o\u00f9 5 millions d&#8217;hommes, de femmes et d&#8217;enfants. Dans un pays de son imaginaire sans doute, celui dont ils et elles seraient issu-es. Celles et ceux qui disent \u00ab&nbsp;Je suis Charlie&nbsp;\u00bb&nbsp; cr\u00e9ent un espace clos dans lequel ils\/elles se sentent en s\u00e9curit\u00e9, prot\u00e9g\u00e9.es par la masse de tous leurs semblables et par le corps des \u00eatres morts pour des id\u00e9es&nbsp;; dire &#8220;Je suis charlie&#8221; c&#8217;est en quelque sorte \u00eatre prot\u00e9g\u00e9 par leur mort (ils sont morts, c&#8217;est fini maintenant, je peux me parer de leurs id\u00e9es) ou le r\u00f4le qu&#8217;on imagine leur faire jouer. Dire \u00ab&nbsp;Je suis Charlie&nbsp;\u00bb ressemble \u00e0 l&#8217;affirmation d&#8217;une identit\u00e9 nationale exacte et tangible, caract\u00e9ris\u00e9e par un certain nombre de traits, de qualit\u00e9s, de droits, de devoirs, mais surtout par une forme d&#8217;esprit, de fant\u00f4me qu&#8217;on ne saurait d\u00e9crire, mais qui serait bien l\u00e0&nbsp;; lui en est, lui n&#8217;en est pas. Le blanc n\u00e9 \u00e0 Macon l&#8217;est assur\u00e9ment, le moins blanc n\u00e9 au m\u00eame endroit, c&#8217;est moins sur. Surtout s&#8217;il est musulman. Couleur de peau, texture des cheveux, accents, v\u00eatements&#8230;Charlie repr\u00e9senterait donc cette identit\u00e9 en quelque sorte. Certains parlent de La\u00efcit\u00e9, d&#8217;autres de mod\u00e8le r\u00e9publicain. Un bon musulman doit prouver qu&#8217;il est int\u00e9gr\u00e9, doit venir manifester sa solidarit\u00e9, pour montrer ainsi que la communaut\u00e9 des croyants de l&#8217;Islam, ou des personnes de culture musulmane, ne sont pas communautaristes. Injonction paradoxale, d&#8217;unit\u00e9 dans l&#8217;absence exig\u00e9e de corps. Dimanche 11 janvier, il semble que la manifestation ait r\u00e9uni un corps pourtant&nbsp;; un corps de peuple&nbsp;; blanc, majoritairement, de classe moyenne, entre autres caract\u00e9ristiques notables. Il y a des corps que l&#8217;on tol\u00e8re plus facilement que d&#8217;autres puisque ceux qui composaient ce corps l\u00e0 pouvaient \u00eatre \u00e0 la fois ext\u00e9rieurs \u00e0 la victime, la voir, et int\u00e9rieurs, c&#8217;est-\u00e0-dire se voir l\u00e0-bas par les yeux des morts. \u00ab Je suis Charlie&nbsp;\u00bb, je suis celui l\u00e0 m\u00eame qui est mort parce qu&#8217;il \u00e9tait Charlie \u2013 une rh\u00e9torique que les journalistes de Charlie Hebdo ne semblaient pas utiliser, \u00e0 lire Luz ou Philippe Lan\u00e7on. \u00catre Charlie ou faire corps avec celui qui est mort et lui survivre. \u00catre aux deux places, voire aux trois places en m\u00eame temps&nbsp;; \u00eatre le mort, le survivant et le spectateur loin du feu, loin de la catastrophe, imagin\u00e9e advenue et termin\u00e9e. Il y aura un avant et un apr\u00e8s Charlie nous dit on, Val, quelques d\u00e9put\u00e9s et beaucoup d&#8217;autres. Sous la lapalissade, le point de d\u00e9part. La renaissance. La R\u00e9surrection.<\/p>\n\n\n\n<p>Les survivants sont des h\u00e9ros, les morts des martyrs (On peut lire sur la page d&#8217;accueil du site Web de la BNF, au seuil du savoir absolu, que les journalistes de Charlie Hebdo tu\u00e9s le 7 janvier sont des martyrs). Nous nous trouvons ici dans un registre de discours et d&#8217;existence dans la continuit\u00e9 binaire et contagieuse de l&#8217;\u00eatre ou ne pas \u00eatre Charlie. Dans un livre \u00e9crit en 1984, <em>The minimal Self, Psychic Survival in troubled times<\/em>, Christopher Lasch distingue 2 attitudes de vie sociale \u00ab parmi la population alarm\u00e9e devant la d\u00e9t\u00e9rioration des conditions sociales et mat\u00e9rielles de vie sur la plan\u00e8te&nbsp;\u00bb&nbsp;: le survivalisme apocalyptique ou l&#8217;apathie ordinaire. \u00ab&nbsp;Le contraste entre ces deux attitudes&nbsp;\u00bb nous dit l&#8217;auteur, \u00ab&nbsp;entre l&#8217;activisme apocalyptique d&#8217;une \u00e9lite survivaliste auto-proclam\u00e9e et l&#8217;indiff\u00e9rence aux id\u00e9ologies du citoyen lambda, \u00e9merge clairement dans un film de Louis Malle, My Dinner with Andr\u00e9. D&#8217;un c\u00f4t\u00e9, Wallys, ancr\u00e9 dans son quotidien New Yorkais, \u00ab&nbsp;qui d\u00e9fend les conforts et commodit\u00e9s du quotidien face au m\u00e9pris affich\u00e9 par Andr\u00e9 pour le mat\u00e9rialisme insouciant et la culture de masse&#8230;&nbsp;\u00bb&#8217;Turning on an electric blanket&#8217;, according to Andr\u00e9, &#8216;is like taking a tranquillizer or&#8230;being lobotomized by watching television.&#8217; Wallys replies that &#8216;our lives are hard enough as it is. I&#8217;m just trying to survive&#8217; he says&#8230;&nbsp;&#8216;&#8230;to earn a living.&#8217;&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9trange r\u00e9sonance avec d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 les millions de Charlie sortis dans les rues ce dimanche 11 janvier 2015 et de l&#8217;autre les quelques journalistes baignant dans une mare de sang au si\u00e8ge social de Charlie Hebdo. La catastrophe a eu lieu. Le r\u00e9el, tel un rideau de fer \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle nationale voire internationale, est retomb\u00e9 lourdement, saisissant au passage la vie de douze personnes, puis plus tard de cinq autres, sans&nbsp;oublier celle des trois tueurs.<br>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les secousses li\u00e9es \u00e0 cette chute du r\u00e9el ont touch\u00e9 tout le monde. Tout le monde a ressenti ce moment de bascule dans un autre temps, un autre espace, ou plut\u00f4t, au moment de l&#8217;annonce, l&#8217;arr\u00eat du temps dans la confusion de sa perception&nbsp;: sommes nous le 1er avril ou bien est-ce une erreur&nbsp;? La catastrophe tant redout\u00e9e d&#8217;un c\u00f4t\u00e9, tant proph\u00e9tis\u00e9e d&#8217;un autre, tant d\u00e9battue de part et d&#8217;autres avait eu lieu et des millions de personnes r\u00e9fugi\u00e9es en temps normal dans leur apathie urbaine, \u00ab&nbsp;se souciant de leur survie dans le sens le plus \u00e9troit du terme&#8230;qui soutiennent les lois tant que cela ne menace pas leur travail&nbsp;\u00bb ont pu voir en direct le moment o\u00f9 tous les temps convergent, l&#8217;apocalypse, la r\u00e9v\u00e9lation. Le moment tant craint par chacun d&#8217;entre eux pour sa propre vie confin\u00e9e \u00e0 l&#8217;essentiel&nbsp;; m\u00e9tro, boulot, dodo. Alors chacun s&#8217;est senti soit minimaliste, soi maximaliste. \u00ab&nbsp;Je suis Charlie&nbsp;\u00bb signifiait pour celui ou celle qui l&#8217;\u00e9non\u00e7ait ainsi qu&#8217;il ou elle avait surv\u00e9cu \u00e0 ce pour quoi elle ou il ne prenait plus aucun risque, afin de ne pas mourir imm\u00e9diatement si cela devenait. Dans le m\u00eame temps, ils ou elles ont surv\u00e9cu \u00e0 ce qui constitue le fondement m\u00eame de leur devenir, \u00ab&nbsp;leur non-devenir&nbsp;\u00bb, la catastrophe, la rupture. De l&#8217;autre cot\u00e9, les \u00ab&nbsp;je ne suis pas Charlie&nbsp;\u00bb savaient que la catastrophe \u00e9tait l\u00e0, depuis longtemps mena\u00e7ante, que Charlie en \u00e9tait un signe, un symbole, un vecteur, tout en n&#8217;\u00e9tant pas la cause originelle. Ceux et celles l\u00e0 virent leur proph\u00e9tie r\u00e9alis\u00e9e, Charlie avait fait preuve de sa continuit\u00e9 id\u00e9ologique avec un discours apocalyptique, marchandant leurs \u00e9lucubrations aventureuses dans les territoires d&#8217;un glissement s\u00e9mantique et politique op\u00e9rant de toute part, qu&#8217;il s&#8217;agisse du discours institutionnel (loi sur le voile, d\u00e9lit de faci\u00e8s&#8230;), id\u00e9ologique (conflit civilisationnel, le grand remplacement, identit\u00e9 nationale ) ou social (l&#8217;int\u00e9gration, la communaut\u00e9&#8230;). Charlie frayait avec les d\u00e9mons de notre culture coloniale, en se parant des atours de Journalistes-caricaturistes intouchables en &#8220;d\u00e9mocratie&#8221;. La carte de presse devenait f\u00e9tiche.<\/p>\n\n\n\n<p>4 millions de personnes sont sorties dans les rues pour \u00eatre Charlie, les morts en martyrs, et les survivants h\u00e9ro\u00efques. \u00ab&nbsp;Je suis Charlie&nbsp;\u00bb r\u00e9v\u00e8le de celui ou de celle qui l\u2019\u00e2nonne \u00e0 tue-t\u00eate la facult\u00e9 de survivre, le bien fond\u00e9 de son choix. L&#8217;\u00e2nonneur peut retourner calmement d\u00e9sormais chez lui, plus fort de cette communion avec le corps des martyrs, plus fort de cette immortalit\u00e9 devant l&#8217;apocalypse vaincue.<\/p>\n\n\n\n<p>En attendant la suivante, il regardera la t\u00e9l\u00e9vision ou l&#8217;\u00e9cran de son ordinateur et enverra 6500 tweets par heures sur d&#8217;autres sujets. Voil\u00e0 la forme du corps de dimanche lorsqu&#8217;il est au repos et repu de sang.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00catre ou ne pas \u00eatre Charlie, telle fut la non-question.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(premi\u00e8re publication le 15\/01\/2015) En r\u00e9alit\u00e9, cette question n&#8217;en est pas une. Nous sommes dans un ordre de discours ou il ne peut y avoir de question. Il ne peut y avoir qu&#8217;une modalit\u00e9. La substitution. Aucune Superposition n&#8217;est possible. Aucun rapport n&#8217;est possible. La fusion, l&#8217;opposition, ou le remplacement cher aux contempteurs d&#8217;un visage&hellip; <a href=\"https:\/\/chaotidien.fr\/?p=366\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">To be or not to be Charlie&#8230;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chaotidien.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/366"}],"collection":[{"href":"https:\/\/chaotidien.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chaotidien.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chaotidien.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chaotidien.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=366"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/chaotidien.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/366\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":368,"href":"https:\/\/chaotidien.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/366\/revisions\/368"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chaotidien.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=366"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chaotidien.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=366"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chaotidien.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=366"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}