{"id":361,"date":"2024-05-24T23:06:05","date_gmt":"2024-05-24T21:06:05","guid":{"rendered":"http:\/\/chaotidien.fr\/?p=361"},"modified":"2024-05-24T23:06:32","modified_gmt":"2024-05-24T21:06:32","slug":"la-transmission-de-loubli","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chaotidien.fr\/?p=361","title":{"rendered":"La transmission de l&#8217;oubli"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Souviens toi d&#8217;oublier l&#8217;inoubliable<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L&#8217;err\u00e9, l&#8217;oubli\u00e9 et la mort : lieux, temps et exp\u00e9riences du r\u00e9cit de l&#8217;exp\u00e9rience &#8211; l\u2019\u0153uvre comme transmission de l&#8217;exp\u00e9rience.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jacques Austerlitz est un infatigable chercheur, qu&#8217;il s&#8217;agisse de d\u00e9couvrir des \u00ab\u00a0airs de famille<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>\u00a0\u00bb entre les b\u00e2timents monumentaux qui composent les fondations architecturales de l&#8217;\u00e8re capitaliste, ou de d\u00e9voiler les mati\u00e8res et mat\u00e9riaux empiriques (<em>err\u00e9<\/em>) et mn\u00e9siques (<em>oubli\u00e9<\/em>) d&#8217;une partie de son enfance\u00a0; il s&#8217;agit ici des cinq premi\u00e8res ann\u00e9es de son enfance qui se r\u00e9v\u00e8lent progressivement et fragmentairement \u00e0 lui comme un v\u00e9cu constituant mais disjoint de son pr\u00e9sent et jumel\u00e9 \u00e0 un pr\u00e9sent devenu permanent, le \u00ab\u00a0pr\u00e9sent\u00a0\u00bb de ses parents juifs tch\u00e9coslovaques lorsqu&#8217;ils l&#8217;envoy\u00e8rent, alors \u00e2g\u00e9 de cinq ans et demi, au Pays de Galles au tout d\u00e9but de la seconde guerre mondiale. Un pr\u00e9sent comme pr\u00e9sent de leur derni\u00e8re pr\u00e9sence \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, comme dernier temps commun d&#8217;une premi\u00e8re partie de vie. Le narrateur quant \u00e0 lui est \u00e9galement un universitaire dont nous n&#8217;apprenons que peu de choses par le texte, or mis le fait qu&#8217;il a tout \u00e0 voir avec Sebald lui-m\u00eame, qu&#8217;il en est en quelque sorte un double litt\u00e9raire. Si c&#8217;est le narrateur qui nous sert de guide et de conteur second, cest-\u00e0-dire de raconteur du r\u00e9cit que lui livre Jacques Austerlitz de ses propres recherches, la silhouette de l&#8217;auteur W.G Sebald n&#8217;est jamais loin\u00a0; son <em>err\u00e9<\/em> vient se superposer sans s&#8217;y substituer \u00e0 l&#8217;errance du narrateur. Le r\u00e9cit d&#8217;<em>Austerlitz<\/em>, le roman, se d\u00e9veloppe \u00e0 mesure que la mati\u00e8re spatio-temporelle du v\u00e9cu d&#8217;enfant d\u00e9couverte par Jacques Austerlitz est d\u00e9livr\u00e9e oralement au narrateur, puis report\u00e9e par ce dernier sous forme \u00ab\u00a0<em>de mots cl\u00e9s et de phrases t\u00e9l\u00e9graphiques<\/em><a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"><em><strong>[2]<\/strong><\/em><\/a><em>\u00a0<\/em>\u00bb dans son carnet apr\u00e8s leurs rencontres, et enfin reconstitu\u00e9e d&#8217;apr\u00e8s ces notes pour <em>rejouer<\/em> dans un r\u00e9cit la multitude de fragments de vie narr\u00e9s par Jacques Austerlitz et les enserrer dans la narration constituante d&#8217;<em>Austerlitz<\/em> comme unit\u00e9 textuelle avec un d\u00e9but et une fin. <em>Austerlitz<\/em> prend comme point de d\u00e9part les conditions improbables de la premi\u00e8re rencontre entre Jacques Austerlitz et le narrateur, et comme terme final leur derni\u00e8re entrevue et le retour sur les lieux de <em>l&#8217;err\u00e9 <\/em>premier du narrateur (Anvers). Les nombreux temps et espaces convoqu\u00e9s \u00e0 un m\u00eame niveau au sein du r\u00e9cit composant le roman, c&#8217;est-\u00e0-dire dans la continuit\u00e9 de la narration premi\u00e8re, initi\u00e9e par le narrateur d&#8217;Austerlitz et prenant comme source un voyage \u00e0 Anvers, sont d\u00e9senchev\u00eatr\u00e9s dans la lecture au pr\u00e9sent<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a> \u00e0 mesure qu&#8217;ils se succ\u00e8dent et se superposent dans le r\u00e9cit. <em>Austerlitz<\/em>, dernier roman \u00e9crit par W.G. Sebald, fait se croiser litt\u00e9rairement deux errances, celle du narrateur et celle de Jacques Austerlitz, \u00e0 partir d&#8217;une litt\u00e9ralit\u00e9 ou d&#8217;une mat\u00e9rialit\u00e9 premi\u00e8re que l&#8217;on peut imaginer avoir eu lieu entre Sebald et la personne ayant inspir\u00e9 la figure de Jacques Austerlitz, qu&#8217;il s&#8217;agisse ou non d&#8217;une rencontre ayant eu lieu dans le \u00ab\u00a0monde physique\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. C&#8217;est cette mat\u00e9rialit\u00e9 premi\u00e8re que nous appelons <em>l&#8217;err\u00e9<\/em>, c&#8217;est-\u00e0-dire <em>la mati\u00e8re spatio-temporelle telle que travers\u00e9e singuli\u00e8rement par un \u00eatre humain<\/em> et dont il cherche \u00e0 rendre compte comme matrice de son exp\u00e9rience au monde. L&#8217;<em>errance<\/em> est ce qu&#8217;un r\u00e9cit singulier fait de <em>l&#8217;err\u00e9<\/em> comme mati\u00e8re du r\u00e9el et d&#8217;un rapport au r\u00e9el dont on ne peut pas tout dire, qu&#8217;on ne peut englober (ou recouvrir) comme totalit\u00e9 par et dans le r\u00e9cit. L&#8217;id\u00e9e de totalit\u00e9 du r\u00e9el \u00e0 d\u00e9crire, si peu r\u00e9elle soit-elle, sert cependant \u00e0 la fois d&#8217;obstacle au r\u00e9cit de ce r\u00e9el ou de sa rem\u00e9moration (puisque cela ne peut se faire \u00ab\u00a0pleinement\u00a0\u00bb) et de lib\u00e9ration par le r\u00e9cit de l&#8217;id\u00e9e de totalit\u00e9 du r\u00e9el tel qu&#8217;il a permis qu&#8217;on en parle pour s&#8217;en d\u00e9faire (cf Kant \u2013 <em>id\u00e9e d&#8217;une histoire universelle, Opuscule sur l&#8217;histoire<\/em>). L&#8217;articulation litt\u00e9raire de deux <em>errances<\/em> premi\u00e8res (errances comme transformation singuli\u00e8re par un r\u00e9cit de deux <em>err\u00e9s<\/em> constituant d&#8217;une <em>exp\u00e9rience<\/em>, ou plut\u00f4t de deux mati\u00e8res \u00e0 exp\u00e9rience distinctes dont on ne peut rendre compte qu&#8217;incompl\u00e8tement<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a>), c&#8217;est-\u00e0-dire leur interruption \u00e0 toutes deux dans la rencontre mise en r\u00e9cit entre le narrateur et Jacques Austerlitz, transf\u00e8re d\u00e8s lors au r\u00e9cit la qualit\u00e9 de <em>l&#8217;errer<\/em> des trajectoires interrompues.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant ces <em>err\u00e9s <\/em>ne peuvent \u00eatre saisis directement sous la forme de l&#8217;errance&nbsp;; avant d&#8217;\u00eatre r\u00e9cit mais apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 v\u00e9cu, l&#8217;<em>err\u00e9<\/em> fait place \u00e0 l&#8217;<em>oubli\u00e9&nbsp;; l&#8217;err\u00e9<\/em> est insaisissable (on peut parler ici de <em>non-totalit\u00e9<\/em>) mais constituant d&#8217;une exp\u00e9rience possible&nbsp;; il devient <em>l&#8217;oubli\u00e9<\/em> comme transformation empirique de cette <em>non-totalit\u00e9<\/em> insaisissable, mais \u00e9galement comme mati\u00e8re fantomatique de cet <em>err\u00e9 <\/em>dans laquelle puise l&#8217;\u00eatre humain ayant v\u00e9cu cet <em>err\u00e9<\/em> singulier pour rendre compte de son exp\u00e9rience, ou encore la finaliser comme exp\u00e9rience en en rendant compte singuli\u00e8rement au pr\u00e9sent. Si l&#8217;<em>err\u00e9<\/em> ne peut faire l&#8217;objet d&#8217;un r\u00e9cit complet, c&#8217;est-\u00e0-dire couvrant l&#8217;int\u00e9gralit\u00e9 de sa mati\u00e8re spatio-temporelle telle que travers\u00e9e singuli\u00e8rement, ce dont peut se souvenir l&#8217;\u00eatre singulier qui op\u00e8re cette travers\u00e9e ne peut pas non plus couvrir l&#8217;int\u00e9gralit\u00e9 de la relation au r\u00e9el tel que v\u00e9cu dans <em>l&#8217;err\u00e9<\/em>. <em>L&#8217;oubli\u00e9<\/em> n&#8217;est pas <em>l&#8217;oubli<\/em>, mais la possibilit\u00e9 du souvenir en tant que mati\u00e8re seconde issue de <em>l&#8217;err\u00e9<\/em> tel que celui ou celle qui l&#8217;a v\u00e9cu le rejoue en <em>images-m\u00e9moires<\/em>. Nous empruntons le terme <em>images-m\u00e9moires<\/em> \u00e0 Siegfried Kracauer tel qu&#8217;il appara\u00eet dans un essai intitul\u00e9 Photography<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a> et publi\u00e9 en 1927&nbsp;; pour Kracauer, les images-m\u00e9moires qu&#8217;il oppose aux photographies, sont des images mn\u00e9siques singuli\u00e8res produites par une personne pour ce qu&#8217;elles contiennent d&#8217;un rapport signifiant au r\u00e9el tel que v\u00e9cu pour cette personne, qu&#8217;elle soit ou non consciente du sens en questions \u00ab&nbsp;<em>No matter which scenes a person remembers, they all mean something that is relevant to him or her without his or her necessarily knowing what they mean&#8230;memory images retain what is given only insofar as it has significance&nbsp;<\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>De la m\u00eame mani\u00e8re que le v\u00e9cu singulier de <em>l&#8217;err\u00e9<\/em> ne peut \u00eatre <em>r\u00e9it\u00e9r\u00e9<\/em>, mais seulement <em>r\u00e9p\u00e9t\u00e9<\/em>, le rem\u00e9mor\u00e9 de <em>l&#8217;oubli\u00e9<\/em> ne peut \u00eatre <em>r\u00e9it\u00e9r\u00e9<\/em><a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\"><em><strong>[7]<\/strong><\/em><\/a><em>, <\/em>mais peut de la m\u00eame mani\u00e8re se <em>r\u00e9p\u00e9ter<\/em>. L&#8217;oubli\u00e9 n&#8217;est pas un r\u00e9servoir d&#8217;images-m\u00e9moires qui seraient des instantan\u00e9s ou des images fixes accessibles tels quels ou disparaissant tels quels \u00e0 mesure que<em> l&#8217;oubli\u00e9<\/em> se constitue dans le temps. L&#8217;<em>oubli\u00e9<\/em> est une mati\u00e8re-m\u00e9moire potentielle en lien \u00e0 un <em>err\u00e9<\/em> et dont l&#8217;actualisation par une image-m\u00e9moire ou plusieurs images-m\u00e9moires se fait toujours en accord avec le pr\u00e9sent et le contexte de la rem\u00e9moration et <em>en leur sein<\/em> ; aussi la <em>mati\u00e8re<\/em>&#8211;<em>m\u00e9moire<\/em> n&#8217;est-elle pas tant un rapport au pass\u00e9, qu&#8217;un rapport sans cesse actualis\u00e9 dans le pr\u00e9sent et le contexte de la rem\u00e9moration \u00e0 un v\u00e9cu d&#8217;une mati\u00e8re spatio-temporelle travers\u00e9e physiquement, sensoriellement, \u00e9motionnellement et intellectuellement, et constituant au pr\u00e9sent d&#8217;un lien, d&#8217;un rapport singulier au monde. Aussi, ce qui surgit au pr\u00e9sent de l&#8217;oubli\u00e9 n&#8217;est pas tant une seule image-m\u00e9moire qu&#8217;un devenir m\u00e9moire dans une image pr\u00e9sent\u00e9e de nouveau sans jamais \u00eatre la <em>m\u00eame <\/em>ni <em>identique absolument<\/em> \u00e0 ce qui a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cu<em>.<\/em> La m\u00e9moire aurait donc plus \u00e0 voir avec un pr\u00e9sent en transformation, qu&#8217;avec un dit pass\u00e9 v\u00e9cu, par le lien sans cesse op\u00e9r\u00e9 avec ce qui le constitue toujours et qui n&#8217;est plus de l&#8217;ordre d&#8217;une mati\u00e8re spatio-temporelle travers\u00e9e physiquement, mais son ombre port\u00e9e dans une mati\u00e8re-m\u00e9moire, c&#8217;est \u00e0 dire <em>l&#8217;oubli\u00e9<\/em>. <em>L&#8217;oubli\u00e9<\/em> est une obscurit\u00e9 au m\u00eame titre que<em> l&#8217;err\u00e9,<\/em> en ce sens o\u00f9 ce dont peut rendre compte et rendre visible n&#8217;est qu&#8217;une infime portion de ces deux non-totalit\u00e9s et de ces deux id\u00e9es de totalit\u00e9; Dans <em>le livre du retour, <\/em>journal autobiographique d&#8217;un \u00ab&nbsp;retour&nbsp;\u00bb des camps sib\u00e9riens \u00e9crit par Julius Margolin, l&#8217;auteur donne \u00e0 entendre la valeur d&#8217;obscurit\u00e9 de ce qu&#8217;il appelle pour sa part l&#8217;oubli et qui est constituante de la m\u00e9moire, ainsi que le surgissement dans un pr\u00e9sent pr\u00e9cis, non rempla\u00e7able, dans un temps identifiable d&#8217;une image m\u00e9moire singuli\u00e8re <em>\u00ab&nbsp;Si je devais qualifier d'&#8221;\u00e9claircies&#8221; ces sc\u00e8nes ou ces images qui, en vertu de leur sens cach\u00e9 et \u00e9nigmatique (mais parfois compr\u00e9hensible), surgissent de l&#8217;obscurit\u00e9 de l&#8217;oubli comme \u00e9clair\u00e9es par un rayon sp\u00e9cial &#8211; trou\u00e9es donnant sur les profondeurs de l&#8217;inconscient, vers la vie souterraine de l&#8217;\u00e2me &#8211; alors c&#8217;\u00e9tait une des toutes premi\u00e8res \u00e9claircies&nbsp;<\/em><a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\"><em><strong>[8]<\/strong><\/em><\/a><em>.\u00bb <\/em>C&#8217;est de ce que je nomme pour ma part <em>l&#8217;oubli\u00e9<\/em> que peut jaillir ce qui est aujourd&#8217;hui nomm\u00e9 <em>m\u00e9moire&nbsp;; <\/em>par cons\u00e9quent cette derni\u00e8re n&#8217;est jamais existante en tant que telle. Elle se constitue de nouveau \u00e0 partir de la mati\u00e8re de <em>l&#8217;oubli\u00e9<\/em>, c&#8217;est-\u00e0-dire elle se r\u00e9p\u00e8te et actualise un rapport \u00e0 cette mati\u00e8re-m\u00e9moire, comme ombre port\u00e9e d&#8217;une mati\u00e8re-empirique, dans le pr\u00e9sent de la rem\u00e9moration qui ne cesse de rejouer un rapport singulier \u00e0 un temps et un espace v\u00e9cu dit pass\u00e9 toujours constituant mais jamais <em>re-constituable<\/em> tel quel&nbsp;; Un temps et un espace qu&#8217;on n&#8217;a pas pu saisir dans sa totalit\u00e9 parce que cela est impossible, ou lorsque cela l&#8217;est, c&#8217;est au d\u00e9triment du pr\u00e9sent comme temps de la transformation<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\">[9]<\/a> qui devient d\u00e8s lors un temps de l&#8217;inertie ou de la r\u00e9it\u00e9ration. C&#8217;est alors que surgit l&#8217;oubli comme forme fig\u00e9e de l&#8217;oubli\u00e9, et par extension comme forme fig\u00e9e de la m\u00e9moire qui n&#8217;existe plus en tant que possibilit\u00e9 mais en tant qu&#8217;absolu.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;oublier est li\u00e9 en premier lieu \u00e0 une facult\u00e9 humaine qui renverrait \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne d&#8217;ordre physiologique ou psychologique touchant l&#8217;\u00eatre humain, et qui a \u00e0 voir avec l&#8217;exp\u00e9rience v\u00e9cue et&nbsp; l&#8217;\u00e9coulement du temps \u00ab&nbsp;<em>L&#8217;obscurit\u00e9 ne se dissipe pas, elle ne fait que s&#8217;\u00e9paissir d&#8217;avantage si je songe combien peu nous sommes capables de retenir.<\/em>&nbsp;<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\">[10]<\/a>\u00bb En second lieu, \u00e0 son amplification \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle sociale chaque fois que meurt un \u00eatre humains dont la facult\u00e9 de m\u00e9moriser est par nature limit\u00e9e. Chaque vie qui s&#8217;ach\u00e8ve est une victoire de l&#8217;oubli pur sur la possibilit\u00e9 de se souvenir, sur l&#8217;oubli\u00e9 \u00e0 transmettre. Enfin, et surtout \u00e0 sa radicalisation dans la disparition de la transmission, c&#8217;est \u00e0 dire dans la disparition du fait de raconter, d&#8217;entendre et de consigner des histoires singuli\u00e8res \u00ab<em>&nbsp;attach\u00e9es \u00e0 tous les lieux et ces objets innombrables qui n&#8217;ont pas la capacit\u00e9 de se souvenir.<\/em><a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\">[11]<\/a>&nbsp;\u00bb. C&#8217;est un oubli sans possible rem\u00e9moration, un oubli en soi qui n&#8217;a pas d&#8217;alter-ego, de double dans le rapport au r\u00e9el en regard d&#8217;un temps v\u00e9cu pass\u00e9, c&#8217;est \u00e0 dire de souvenir, ou d&#8217;images-m\u00e9moires possibles. L&#8217;oubli pur est en quelque sorte l&#8217;effacement de l&#8217;oubli\u00e9 singulier rem\u00e9morable et la disparition pure et simple de l&#8217;exp\u00e9rience singuli\u00e8re v\u00e9cue \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle personnelle, de toutes les exp\u00e9riences v\u00e9cues \u00e0 celle de la soci\u00e9t\u00e9, et qui sont \u00e0 la source d&#8217;autant de transmissibles et de rem\u00e9morables, c&#8217;est-\u00e0-dire la disparition de l&#8217;err\u00e9, objet m\u00eame de l&#8217;oubli\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a>Austerlitz, W..Sebald, P.41 \u00ab&nbsp;<em>J&#8217;ai encore aujourd&#8217;hui en m\u00e9moire la facilit\u00e9 avec laquelle je suivais ce qu&#8217;il nommait ses pistes de r\u00e9flexion, quand il dissertait sur le sujet qui \u00e9tait le sien depuis qu&#8217;il \u00e9tait \u00e9tudiant, l&#8217;architecture de l&#8217;\u00e8re capitaliste, et en particulier l&#8217;imp\u00e9ratif d&#8217;ordonnance et la tendance au monumental \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans les cours de justice et les \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires, les bourses et les gares&#8230;ses recherches&#8230;avaient foisonn\u00e9 en d&#8217;infinis travaux pr\u00e9liminaires pour une \u00e9tude exclusivement ax\u00e9e sur ses propres vues relatives aux airs de famille existant entre tous ces b\u00e2timents.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a>Austerlitz, Sebald, P.XX<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a>Dans Austerlitz, \u00e0 l&#8217;instar d&#8217;une l&#8217;\u00e9pop\u00e9e, \u00ab&nbsp;Le pr\u00e9sent c&#8217;est ce dont on ne fait pas le r\u00e9cit.&nbsp;\u00bb, pour reprendre une formule de Pierre Judet de la Combe concernant l&#8217;Iliade. Mais l\u00e0 \u00e9galement, le pr\u00e9sent de la lecture ou de l&#8217;\u00e9coute du texte est le temps de la transformation d&#8217;une narration de tous les temps en temps de la narration, c&#8217;est-\u00e0-dire devient un temps s\u00e9parateur&nbsp;; Le temps transformateur, le temps de la m\u00e9tamorphose (de la m\u00e9taphore r\u00e9v\u00e9l\u00e9e, ou de ce qui surgit de la m\u00e9taphore) c&#8217;est le temps pr\u00e9sent de la lecture, sur lequel se construit la distance \u00e0 ce <em>qui<\/em> est montr\u00e9 et au <em>quand<\/em> qui s&#8217;y rapporte.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a>je prends comme acquis que la rencontre d\u00e9crite dans le roman a un pr\u00e9c\u00e8dent en tant que mat\u00e9riau d&#8217;\u00e9criture, que ce soit une rencontre ayant eu lieu dans le monde palpable ou bien une rencontre imagin\u00e9e, ou encore un savant m\u00e9lange des deux. Ce que je nomme l&#8217;err\u00e9, l&#8217;errance, l&#8217;errer et l&#8217;erreur, peuvent se d\u00e9cliner en imagin\u00e9, imaginaire, imagination et image (ou bien encore en symbolis\u00e9, symbolisme, symbolisant et symbole)<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a>Il s&#8217;agira d\u00e8s lors de pr\u00e9ciser et de montrer que l&#8217;id\u00e9e m\u00eame de totalit\u00e9 est une aberration&nbsp;; et que ce qui se d\u00e9crit comme n\u00e9cessairement incomplet n&#8217;est pas une description juste&nbsp;; il faudrait ici parler de conditions insaisissables&#8230;\u00e0 compl\u00e9ter<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a>R\u00e9f\u00e9rence texte kracauer, photography, article, 1927<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a>D\u00e9finir r\u00e9it\u00e9ration (m\u00e9canique) en opposition \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition (empirique)<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a><em>julius margolin, le livre du retour, les trains, P.232<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a>Traiter des cas extr\u00eames et \u00ab&nbsp;maladifs&nbsp;\u00bb que sont l&#8217;hypermn\u00e9sie (m\u00e9moire totale) et l&#8217;amn\u00e9sie totale<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a>R\u00e9f\u00e9rence Austerlitz, Sebald<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a>R\u00e9f\u00e9rence Austerlitz, Sebald<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Souviens toi d&#8217;oublier l&#8217;inoubliable L&#8217;err\u00e9, l&#8217;oubli\u00e9 et la mort : lieux, temps et exp\u00e9riences du r\u00e9cit de l&#8217;exp\u00e9rience &#8211; l\u2019\u0153uvre comme transmission de l&#8217;exp\u00e9rience. Jacques Austerlitz est un infatigable chercheur, qu&#8217;il s&#8217;agisse de d\u00e9couvrir des \u00ab\u00a0airs de famille[1]\u00a0\u00bb entre les b\u00e2timents monumentaux qui composent les fondations architecturales de l&#8217;\u00e8re capitaliste, ou de d\u00e9voiler les mati\u00e8res&hellip; <a href=\"https:\/\/chaotidien.fr\/?p=361\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">La transmission de l&#8217;oubli<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chaotidien.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/361"}],"collection":[{"href":"https:\/\/chaotidien.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chaotidien.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chaotidien.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chaotidien.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=361"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/chaotidien.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/361\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":362,"href":"https:\/\/chaotidien.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/361\/revisions\/362"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chaotidien.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=361"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chaotidien.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=361"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chaotidien.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=361"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}