{"id":356,"date":"2024-05-11T11:46:34","date_gmt":"2024-05-11T09:46:34","guid":{"rendered":"http:\/\/chaotidien.fr\/?p=356"},"modified":"2024-05-11T12:19:09","modified_gmt":"2024-05-11T10:19:09","slug":"le-spectre-du-progres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chaotidien.fr\/?p=356","title":{"rendered":"Le spectre du progr\u00e8s"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Le grand retournement, par G\u00e9rard Mordillat<\/em><br>(2015 &#8211; <em>La soeur de l&#8217;ange<\/em> n\u00b014 &#8211; A quoi bon le peuple)<\/p>\n\n\n\n<p>Effondrement. Voil\u00e0 le terme qui vient \u00e0 l&#8217;esprit dans les premi\u00e8res minutes du film tir\u00e9 de la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre de Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon, <em>D&#8217;un retournement l&#8217;autre<\/em>. Quelques alexandrins s&#8217;\u00e9changent entre un banquier et sa charg\u00e9e d&#8217;affaires. Elle lui apprend l&#8217;\u00e9branlement des march\u00e9s, la responsabilit\u00e9 d&#8217;un trader. Le banquier se r\u00e9jouit que la presse fasse de ce dernier le bouc \u00e9missaire des pertes enregistr\u00e9es par sa banque. Puis surgissent \u00e0 l&#8217;\u00e9cran des tours qui s&#8217;y effondrent, des chemin\u00e9es dynamit\u00e9es. Effondrement. Ce qui se r\u00e9v\u00e8le dans l&#8217;effondrement \u00e0 l&#8217;\u00e9cran, dans l&#8217;effondrement spectaculaire des symboles d&#8217;une \u00e8re capitaliste industrielle, intellectuelle, patriarcale, n&#8217;est pas tant l&#8217;effondrement d&#8217;un syst\u00e8me bancaire puisqu&#8217;il vit encore, mais un effondrement qui a d\u00e9j\u00e0 eu lieu et que nous ne cessons de r\u00e9it\u00e9rer, de re-pr\u00e9senter, sans jamais pouvoir r\u00e9p\u00e9ter, <em>rendre visible afin de saisir \u00e0 nouveau <\/em>l\u2019\u00e9v\u00e9nement, la pens\u00e9e, l&#8217;id\u00e9e source et nous en d\u00e9barrasser. Nous sommes d\u00e9j\u00e0 effondr\u00e9s et rejouons sans comprendre les s\u00e9quences de cet effondrement. La mise en sc\u00e8ne du film de G\u00e9rard Mordillat d\u00e9route, mais le parti pris formel de faire \u00e9voluer ses personnages d&#8217;aristocrates du 21\u00e8me si\u00e8cle dans les ruines d&#8217;un entrep\u00f4t d\u00e9saffect\u00e9, ou d&#8217;une usine abandonn\u00e9e, est une r\u00e9ussite. Nous habitons les ruines d&#8217;un capitalisme industriel d\u00e9boulonn\u00e9 par les plus profitables capitalisme financier puis cognitif. Le d\u00e9sastre advenu n&#8217;est pas la d\u00e9ch\u00e9ance d&#8217;un capitalisme industriel consid\u00e9r\u00e9 comme socle de ses rejetons perfides et insidieux, mais la mise en \u0153uvre d&#8217;un mythe d\u00e9j\u00e0 au travail dans la \u00ab&nbsp;destin\u00e9e manifeste&nbsp;\u00bb d&#8217;un 19\u00e8me si\u00e8cle triomphant outre-atlantique. Pr\u00e9sidents, conseillers, banquiers occupent un palais vide, le symbole d&#8217;un empire de gravats.<\/p>\n\n\n\n<p>A l&#8217;instar des villes d\u00e9truites de la r\u00e9gion de Fukushima qui renvoient \u00e0 une double catastrophe \u00e9cologique puis nucl\u00e9aire puis de nouveau \u00e9cologique<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a> aux cons\u00e9quences \u00e9ternelles pour l&#8217;ensemble de la plan\u00e8te, le film de Mordillat, dans ses sc\u00e8nes aux d\u00e9cors froids de fin d&#8217;une culture, renvoie \u00e0 une double catastrophe&nbsp;; celle d&#8217;un capitalisme qui ne cesse de d\u00e9vorer tout sur son passage, fait exploser l&#8217;humain et r\u00e9v\u00e8le l&#8217;immortalit\u00e9 comme possible, l&#8217;illimit\u00e9 comme chemin, et celle d&#8217;un mythe initial, cosmogonique, ayant trait \u00e0 la place de l&#8217;homme dans le monde et au monde comme devenir-homme ayant rendu possible cette catastrophe \u00e9ternelle. Le nuage de Chernobyl ne s&#8217;\u00e9tait pas arr\u00eat\u00e9 \u00e0 la fronti\u00e8re allemande&nbsp;; de m\u00eame un poisson irradi\u00e9 ne s&#8217;arr\u00eate pas de nager, n&#8217;est pas ignor\u00e9 par ses pr\u00e9dateurs, continue \u00e0 transmettre le mal et sa m\u00e9moire g\u00e9n\u00e9tique, l&#8217;humanit\u00e9, ou plut\u00f4t une certaine humanit\u00e9. La contamination nucl\u00e9aire rejoint ici la souveraine anthropophagie capitalistique comme m\u00e9thode d&#8217;assimilation du monde \u00e0 la \u00ab&nbsp;culture&nbsp;\u00bb occidentale, comme nouvelle forme d&#8217;une guerre \u00e9ternelle dont personne ne peut sortir vainqueur si ce n&#8217;est la pens\u00e9e qui la met en \u0153uvre et son it\u00e9ration sans fin. Gunther Anders nous avait donn\u00e9 \u00e0 voir l&#8217;efficacit\u00e9 de cette pens\u00e9e appliqu\u00e9e \u00e0 la guerre<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. La guerre nourrit les fusils de balles, et elle fabrique souvent des morts, mais plus souvent encore des amput\u00e9s, des bless\u00e9s, et un nombre important de dommages collat\u00e9raux qui permettent de fabriquer plus de balles, d&#8217;alimenter la machine capitalistique pour pr\u00e9server son caract\u00e8re s\u00e9riellement&nbsp; immortel.<\/p>\n\n\n\n<p>Akira Kurosawa avait rendu visible Fukushima avant l&#8217;heure en filmant la d\u00e9ch\u00e9ance d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 japonaise post-Hiroshima entr\u00e9e de plein fouet dans une \u00e9conomie n\u00e9o-lib\u00e9rale. <em>Dode&#8217;s Kaden<\/em> r\u00e9v\u00e8le une soci\u00e9t\u00e9 japonaise vivant sur ses&nbsp; d\u00e9combres. Une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9truite continue \u00e0 fantasmer, envier, voler, aimer, ha\u00efr, baiser sur les gravats,&nbsp; dans les poubelles d&#8217;un monde d\u00e9vorant ses propres restes. Les sc\u00e8nes de r\u00eaves architecturaux d&#8217;un enfant et de son p\u00e8re \u00ab&nbsp;sur-vivants&nbsp;\u00bb dans une carcasse de voiture, alors que ce dernier est en train de mourir, sont exemplaires de l&#8217;ininterruption fantasmatique pendant et apr\u00e8s la catastrophe.<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque matin, un jeune homme sort de chez lui sous le regard triste et honteux de sa m\u00e8re qui l&#8217;imagine fou. Elle prie chaque jour pour le salut de son esprit, psalmodiant une litanie de pri\u00e8res \u00e0 des dieux invisibles mais pr\u00e9sents par les ic\u00f4nes et idoles devant lesquelles elle se prosterne. Le jeune homme se dirige vers un garage \u00e0 ciel ouvert o\u00f9 est parqu\u00e9e une locomotive. Il s&#8217;en approche, en fait le tour, nettoie les poign\u00e9es des porti\u00e8res, grimpe \u00e0 son bord et la d\u00e9marre apr\u00e8s avoir effectu\u00e9 quelques op\u00e9rations, tourn\u00e9 une manette, r\u00e9gl\u00e9 des niveaux et pouss\u00e9 des leviers. Cliquetis, grincements, claquements m\u00e9talliques, bruits de la vapeur et du moteur&nbsp;; les sons \u00ab&nbsp;r\u00e9els&nbsp;\u00bb renvoient \u00e0 la m\u00e9canique impeccable d&#8217;un train en marche ou sur le point de se mettre en branle. Sauf que le train n&#8217;est visible qu&#8217;aux yeux du jeune homme. Il avance, dodelinant, un pied puis l&#8217;autre, \u00e0 l&#8217;allure du souvenir de la vitesse de croisi\u00e8re d&#8217;une locomotive r\u00e9duite dans la r\u00e9alit\u00e9 film\u00e9e du diff\u00e9rentiel entre propulsion m\u00e9canique et propulsion humaine. \u00ab&nbsp;do&#8230;de&#8230;su..ka&#8230;den, do.de.su.ka.den, do.de.s.ka.den, dodeskaden&#8230;\u00bb De sa bouche jaillissent les sons produits par la machine invisible mais rendu pr\u00e9sente dans cette imitation. Il semble heureux. Il suit le chemin trac\u00e9 par des rails inexistants mais omnipr\u00e9sents. Lorsqu&#8217;il rentre une fois sa journ\u00e9e de cheminot achev\u00e9e, Il ne veut pas faire de peine \u00e0 sa m\u00e8re et accompagne sa litanie. Comme tous les fous, non ali\u00e9n\u00e9s par la soci\u00e9t\u00e9 qui le voudrait malade mental, il voit ce que les autres ne regardent plus. Il continue \u00e0 perp\u00e9tuer les gestes d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle ce train l\u00e0 circulait, symbole d&#8217;une modernit\u00e9 fond\u00e9e sur le progr\u00e8s m\u00e9caniste et son acc\u00e9l\u00e9ration constante ; sa folie touche au g\u00e9nie puisqu&#8217;il est le seul \u00e0 voir, \u00e0 montrer, \u00e0 faire circuler le symbole de ce qui a men\u00e9 cette soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 sa perte. Personne ne voit la locomotive, personne ne l&#8217;entend. Lorsqu&#8217;un habitant du d\u00e9potoir traverse les rails, sans faire attention \u00e0 la venue de la locomotive derri\u00e8re lui, le conducteur ne peut arr\u00eater son train en marche et s&#8217;emporte contre l&#8217;imprudent. Le passant soupire devant la fragilit\u00e9 mentale du jeune homme et le maudit de lui avoir fait peur. Le mythe est l\u00e0, sous-jacent, prologue de l&#8217;histoire \u00e0 venir, en cours et pass\u00e9e, d&#8217;un pr\u00e9sent de la permanence. La catastrophe d&#8217;un pr\u00e9sent du pass\u00e9 devenu pr\u00e9sent de tous les temps, berceau de tous les temps, tremplin fantomatique et obs\u00e9dant, hante les actes de chaque habitant de ce d\u00e9potoir sans que personne y pr\u00eate jamais attention. D\u00e8s lors le film de Kurosawa peut commencer.<\/p>\n\n\n\n<p>A l&#8217;instar d&#8217;un Gunther Anders<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a> \u00e0 Hiroshima, Kurosawa redonne \u00e0 voir ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit, redonne \u00e0 voir les traces. Il d\u00e9truit la destruction de la destruction pour la faire appara\u00eetre de nouveau. Il n&#8217;y a <em>Pas<\/em> d&#8217;espoir dans Dode&#8217;s Kaden. Cette soci\u00e9t\u00e9-l\u00e0 restera dans ses d\u00e9combres tant qu&#8217;elle ne redonnera pas sa place, c&#8217;est-\u00e0-dire un temps-mati\u00e8re dont nous sommes toujours compos\u00e9s, au mythe \u00e0 l&#8217;origine de son effondrement. Elle perp\u00e9tuera son effondrement tant qu&#8217;elle ne se confrontera pas \u00e0 ce qu&#8217;elle a invers\u00e9, que Hans Jonas appellerait <em>le cours<\/em><a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a> de la m\u00e9tabolisation, et qui l&#8217;a chang\u00e9 lorsqu&#8217;elle fit de l&#8217;organisme un \u00e9quivalent de la machine, de l&#8217;anim\u00e9 un \u00e9quivalent de l&#8217;inanim\u00e9, de la m\u00e9tabolisation une fonction organique et non le processus de vie m\u00eame dont l&#8217;organisme est issu et se perp\u00e9tue. Un spectre habite cette soci\u00e9t\u00e9. Personne ne le voit, sauf le jeune homme aux commandes du <em>train de vie<\/em> ayant envo\u00fbt\u00e9 ses semblables. Pour ne pas sombrer dans la m\u00eame d\u00e9mence, il habite le symbole spectral du mythe. Il le conduit pour ne pas \u00eatre hant\u00e9 par un mythe qui n&#8217; a de cesse de nous pousser vers l&#8217;illimit\u00e9 s\u00e9riel, et dont le caract\u00e8re destructeur<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a> est l&#8217;un des <em>signaux<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Mordillat d\u00e9voile un autre type de fant\u00f4me, celui d&#8217;un Roi et d&#8217;une royaut\u00e9 dont les m\u0153urs se prolongent dans une soci\u00e9t\u00e9 incapable de voir ce qui la hante<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a>, mais capable de d\u00e9capiter une seconde fois (une \u00e9ni\u00e8me fois) son Roi \u00e0 qui l&#8217;un de ses conseillers conseille de fuir. Mordillat invoque \u00ab&nbsp;<em>l&#8217;insurrection qui vient<\/em>&nbsp;\u00bb comme rem\u00e8de \u00e0 la hantise, images de manifestations, de black blocs brisant des vitrines de banques, et maintient l&#8217;esp\u00e9rance enune renaissance. Pourtant l&#8217;insurrection ne peut venir ainsi \u00ab&nbsp;annonc\u00e9e&nbsp;\u00bb sans devenir autre chose. Elle ne peut r\u00e9pondre par son urgence qu&#8217;\u00e0 une urgence de m\u00eame type; or nous sommes dans une temporalit\u00e9 plus longue&nbsp;; une temporalit\u00e9 qui n&#8217;est pas celle de l&#8217;urgence, c&#8217;est \u00e0 dire de la catastrophe comme \u00e9v\u00e9nement venu ou \u00e0 venir, mais dans une temporalit\u00e9 de la m\u00e9tabolisation, lente, de la vraie catastrophe initiale, de la continuit\u00e9 de cette catastrophe premi\u00e8re l\u00e0. Cet appel d&#8217;une insurrection \u00e0 venir comme invocation finale, cette pr\u00e9monition lanc\u00e9e par un premier ministre en fuite sur les d\u00e9combres poussi\u00e9reux d&#8217;un r\u00e9gime invisible mais pr\u00e9sent dans les m\u0153urs entre dirigeants, ne parle pas. Elle <em>dit <\/em>pourtant ce qui ne peut se dire, mais seulement <em>se faire<\/em> in situ. Elle programme<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a>. Elle remplace l&#8217;\u00e9mergence de l&#8217;imagination singuli\u00e8re par l&#8217;imaginaire d&#8217;une action singuli\u00e8re, humanisante, humanis\u00e9e avant m\u00eame d&#8217;avoir \u00e9t\u00e9 imagin\u00e9e par chacun. En prenant ce statut annonciateur, pour pouvoir ensuite dire&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>je l&#8217;avais dit&nbsp;<\/em>\u00bb, elle emp\u00eache toute r\u00e9flexion, emplit l&#8217;espace d&#8217;un apr\u00e9s-d\u00e9monstration et ne laisse aucune place. Elle emp\u00eache quiconque de s&#8217;y faufiler et de prendre acte non de la proph\u00e9tie mais de ce qu&#8217;il faut comprendre de ce qui se joue avant elle. La proph\u00e9tie r\u00e9pond, surgit \u00e0 l&#8217;endroit o\u00f9 devrait \u00eatre laiss\u00e9e une tension. Elle donne une r\u00e9ponse l\u00e0 o\u00f9 auparavant avait commenc\u00e9 l&#8217;appropriation des enjeux&nbsp;; l\u00e0 o\u00f9 auparavant avait \u00e9t\u00e9 cr\u00e9e une dynamique du questionnement.<\/p>\n\n\n\n<p>Le film s&#8217;effondre sur lui m\u00eame alors m\u00eame qu&#8217;il avait redonn\u00e9 sa place aux ruines, redonn\u00e9 \u00e0 voir les enjeux et la marge de man\u0153uvre. Il proph\u00e9tise l\u00e0 o\u00f9 il aurait d\u00fb faire silence, ou plut\u00f4t laiss\u00e9 faire le silence apr\u00e8s tant de paroles, tant d&#8217;alexandrins, tant de \u00ab\u00a0dode&#8217;s kaden\u00a0\u00bb. Il laisse sans voix en donnant \u00e0 voir ce qui semble pour Mordillat la seule voie. Le discours tenu valait mieux qu&#8217;une le\u00e7on en conclusion, m\u00eame si dans notre r\u00e9alit\u00e9 une insurrection vient et qu\u2019elle constitue une voie\u00a0viable dans une temporalit\u00e9 double. L&#8217;urgence et la m\u00e9tabolisation. La distance de l&#8217;exp\u00e9rience et le temps divin de la contemplation. En l&#8217;absence de cette double temporalit\u00e9, elle ne reposera que sur les cendres de ce qu&#8217;elle br\u00fblera alors qu&#8217;elle doit en en garder non seulement la trace, mais \u00e9galement la honte, l&#8217;horreur, la terreur, l&#8217;incontinuabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Sauf \u00e0 vouloir faire d&#8217;un peuple l&#8217;h\u00f4te et le spectateur permanents de son effondrement, cette insurrection, si elle vient, ne saurait \u00eatre ni programm\u00e9e, ni invoqu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Jean Luc Nancy, L&#8217;Equivalence des catastrophes : (Apr\u00e8s Fukushima), Galil\u00e9e, La philosophie en effet, 2012<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp; La Haine<\/em>, G\u00fcnther Anders, Traduit de l&#8217;allemand par Philippe Ivernel, collection : Rivages Poche, Petite Biblioth\u00e8que, 2009<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a>&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;On a reconstruit totalement Hiroshima&#8230;le r\u00e9sultat de cette reconstruction a \u00e9t\u00e9 une double n\u00e9gation j&#8217;ai reproch\u00e9 ceci autrefois au maire de Hiroshima &#8216;Vous avez d\u00e9truit la destruction. Doit on d\u00e9truire deux fois ? Aucun enfant d&#8217;aujourd&#8217;hui ne sait plus \u00e0 quoi la catastrophe a ressembl\u00e9. Vous avez ravag\u00e9 l&#8217;image du souvenir&#8230;&#8217; \u00bb G\u00fcnther Anders &#8211; <em>Et si je suis d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, que voulez vous que j&#8217;y fasse<\/em>, \u00e9ditions Allia, Paris, 2001, p.84<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a>&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp; &#8216;quand nous d\u00e9signons un corps vivant en tant que \u00ab&nbsp;syst\u00e8me m\u00e9tabolisant&nbsp;&#8216;, nous devons inclure ici que le syst\u00e8me lui m\u00eame est enti\u00e8rement et constamment le produit de son activit\u00e9 m\u00e9tabolisante, et en plus qu&#8217;aucune partie de ce &#8216;produit&#8217; ne cesse d&#8217;\u00eatre l&#8217;objet du m\u00e9tabolisme tout en \u00e9tant simultan\u00e9ment l&#8217;agent de son accomplissement. Pour cette seule raison, c&#8217;est une erreur de comparer l&#8217;organisme \u00e0 une machine&#8230;de m\u00eame que la vague n&#8217;est rien d&#8217;autre que la somme morphologique des entit\u00e9s successives d&#8217;unit\u00e9s nouvelles dans le mouvement d&#8217;ensemble, qui avance gr\u00e2ce \u00e0 elles, de m\u00eame l&#8217;organisme devrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une fonction int\u00e9grante de la mati\u00e8re m\u00e9tabolisante et non le m\u00e9tabolisme comme une fonction de l&#8217;organisme. Et tous les caract\u00e8res d&#8217;entit\u00e9 autonome, auto-r\u00e9f\u00e9rentiels appara\u00eetront finalement comme purement ph\u00e9nom\u00e9naux, c&#8217;est \u00e0 dire fictifs.&nbsp;\u00bb, Hans Jonas, <em>\u00e9volution et libert\u00e9<\/em>, \u00e9ditions Rivage poche, collection Petite biblioth\u00e8que, p.38<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a>&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;Le caract\u00e8re destructeur ne conna\u00eet qu&#8217;un seul mot d&#8217;ordre&nbsp;: faire de la place&nbsp;; qu&#8217;une seule activit\u00e9&nbsp;: d\u00e9blayer. Son besoin d&#8217;air frais et libre est plus fort que toute haine&#8230;le caract\u00e8re destructeur est jeune et enjou\u00e9. D\u00e9truire en effet nous rajeunit, parce que nous effa\u00e7ons par l\u00e0 les traces de notre \u00e2ge, et nous r\u00e9jouit, parce que d\u00e9blayer signifie pour les destructeur, r\u00e9soudre parfaitement son propre \u00e9tat, voire en extraire la racine carr\u00e9e&#8230;.le caract\u00e8re destructeur est un signal\u00bb Walter Benjamin, <em>\u0153uvres II,<\/em> \u00e9ditions folio essais,&nbsp; <em>le caract\u00e8re destructeur<\/em>, p.330<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a>&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;Cet effroyable d\u00e9placement de la technique plongea les hommes dans une pauvret\u00e9 tout \u00e0 fait nouvelle. Et celle ci avait pour revers l&#8217;oppressante profusion d&#8217;id\u00e9es que suscita parmi les gens \u2013 ou plut\u00f4t&nbsp;: que r\u00e9pandit sur eux \u2013 la reviviscence de l&#8217;astrologie et du yoga, de la science chr\u00e9tienne et de la chiromancien, du v\u00e9g\u00e9tarisme et la gnose, de la scolastique et du spiritisme. Car ce n&#8217;est pas tant une authentique reviviscence qu&#8217;une galvanisation qui s&#8217;op\u00e8re ici. Pensons aux magnifiques peintures d&#8217;Ensor, montrant des rues de grandes villes pleines de tumultes, o\u00f9 se d\u00e9verse \u00e0 perte de vue une cohorte de petits bourgeois en costumes de carnaval, des masques grima\u00e7ants et poudr\u00e9s au front orn\u00e9 de couronnes de paillettes. Ces tableaux illustrent peut-\u00eatre au premier chef l&#8217;effrayante et chaotique renaissance en laquelle tant de gens placent leurs esp\u00e9rances.&nbsp;\u00bb Walter Benjamin, <em>\u0153uvres II<\/em>, \u00e9ditions folio essais, <em>Exp\u00e9rience et Pauvret\u00e9<\/em>, p. 366<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans le sens d&#8217;une programmatique telle que celle annonc\u00e9e sur la fa\u00e7ade du centre Pompidou \u00ab&nbsp;l&#8217;art doit discuter, doit contester, doit protester.&nbsp;\u00bb, c&#8217;est \u00e0 dire l&#8217;annonce de ce quoi doit amener ce qui est \u00e0 faire&nbsp; \u00ab&nbsp;dans et par ce&nbsp;\u00bb qui n&#8217;est pas encore fait. L&#8217;imaginaire (mythe) prend ici encore le pas sur l&#8217;imagination (singularit\u00e9 quelconque, individuelle ou\/et collective)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le grand retournement, par G\u00e9rard Mordillat(2015 &#8211; La soeur de l&#8217;ange n\u00b014 &#8211; A quoi bon le peuple) Effondrement. Voil\u00e0 le terme qui vient \u00e0 l&#8217;esprit dans les premi\u00e8res minutes du film tir\u00e9 de la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre de Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon, D&#8217;un retournement l&#8217;autre. Quelques alexandrins s&#8217;\u00e9changent entre un banquier et sa charg\u00e9e d&#8217;affaires. 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