{"id":213,"date":"2021-03-01T09:16:40","date_gmt":"2021-03-01T09:16:40","guid":{"rendered":"https:\/\/chaotidien.wordpress.com\/?p=213"},"modified":"2021-03-01T09:16:40","modified_gmt":"2021-03-01T09:16:40","slug":"v-for-vendetta","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chaotidien.fr\/?p=213","title":{"rendered":"V for Vendetta"},"content":{"rendered":"\n<p><em>\u00e0 quoi bon le peuple \u2013 la soeur de l&#8217;ange N\u00b013<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Laurent Vannini \u2013 2014<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En 1988, une guerre nucl\u00e9aire d\u00e9truit la plan\u00e8te \u00e0 l&#8217;exception de l&#8217;Angleterre. Quatre ans plus tard, l&#8217;organisation fasciste <em>Norsefire<\/em> s&#8217;empare du pouvoir et confie \u00e0 un ordinateur, <em>Fate<\/em>, la destin\u00e9e du pays. Parmi les d\u00e9viants intern\u00e9s au camp de Larkhill pour y subir des exp\u00e9rimentations, V seul survivra. Apr\u00e8s son \u00e9vasion et la destruction du camp, il \u00e9liminera ses tortionnaires et r\u00e9v\u00e9lera aux Londoniens les rouages du pouvoir. V porte un masque en permanence. Sa v\u00e9ritable identit\u00e9 n&#8217;est jamais r\u00e9v\u00e9l\u00e9e. A sa mort, une jeune femme poursuit la lutte tandis que le chaos remplace l&#8217;ordre.<\/p>\n\n\n\n<p><em>V for Vendetta <\/em>est le premier roman graphique d&#8217;Alan Moore. Illustr\u00e9 par David Lloyd, il fut \u00e9crit entre 1981 et 1988. Dans un texte paru en appendice de la version int\u00e9grale, <em>Behind the painted smile,<\/em> Moore livre p\u00eale-m\u00eale les terreaux des trois livres et vingt-huit \u00e9pisodes composant le r\u00e9cit; Pynchon, Huxley et Orwell y c\u00f4toient Batman et The prisoner, Milton et Shakespeare, Marx et Matheson<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. Ces figures hantent la biblioth\u00e8que du personnage principal de <em>V for Vendetta<\/em> et nourrissent sa langue. Son masque renvoie \u00e0 la personne de Guy Fawkes, qui tenta en 1605 de d\u00e9truire la Chambre Haute du Parlement et d&#8217;assassiner le Roi James Ier afin de r\u00e9-instaurer une monarchie catholique en Angleterre<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Grand \u00e9cart historique et \u00e9cart\u00e8lement du peuple<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce complot, connu sous le nom de \u00abConspiration des poudres&nbsp;\u00bb, fut d\u00e9jou\u00e9 par les autorit\u00e9s protestantes dans la nuit du 5 novembre 1605. Depuis lors, chaque ann\u00e9e, l&#8217;Angleterre br\u00fble des figurines \u00e0 son effigie pour c\u00e9l\u00e9brer l&#8217;unit\u00e9 pr\u00e9serv\u00e9e du pays. David Lloyd voit en Fawkes autre chose que la figure arch\u00e9typale du danger criminel. Dans la correspondance pr\u00e9liminaire \u00e0 l\u2019\u0153uvre entre Moore et Lloyd, ce dernier imagine le personnage de V \u00ab&nbsp;<em>as a resurrected Guy Fawkes, complete with one of those papier mache masks in a cape and conical hat? <\/em><em>He&#8217;d look really bizarre and it would give Guy Fawkes the image he&#8217;s deserved all these years. We shouldn&#8217;t burn the chap every Nov. 5th but celebrate his attempt to blow up Parliament!<\/em><a href=\"#_ftn2\"><em><strong>[2]<\/strong><\/em><\/a><em>\u00bb&nbsp; <\/em>Moore ne cache pas non plus sa d\u00e9testation de la politique men\u00e9e par la dame de fer \u00e0 l&#8217;aube de son troisi\u00e8me mandat&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>My youngest daughter is seven and the tabloid press are circulating the idea of concentration camps for persons with AIDS&#8230;the governement has expressed a desire to eradicate homosexuality&#8230;. It&#8217;s cold and mean spirited and I don&#8217;t like it anymore.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;int\u00e9grit\u00e9 et la d\u00e9termination de Fawkes face \u00e0 un pouvoir Anglais cherchant \u00e0 convertir la minorit\u00e9 catholique \u00e0 l&#8217;orthodoxie protestante fascinent les deux auteurs. Le rebelle combattra Roi et&nbsp; \u00c9glise jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9chafaud puisqu&#8217;il fera en sorte de se briser le cou avant d&#8217;\u00eatre d\u00e9membr\u00e9. Une d\u00e9termination et une int\u00e9grit\u00e9 qui rappellent, dans une temporalit\u00e9 proche de l\u2019\u0153uvre, celles de Bobby Sands et d&#8217;autres membres de l&#8217;IRA prisonniers des ge\u00f4les britanniques. \u00c9lu d\u00e9put\u00e9 \u00e0 la Chambre des Communes en avril 81, alors qu&#8217;il m\u00e8ne une gr\u00e8ve de la faim pour obtenir le statut de prisonnier politique, Bobby Sands ne pourra jamais y si\u00e9ger et restera un criminel aux yeux du pouvoir. Il meurt en prison en mai 1981 et la <em>Representation of the People Act<\/em> pr\u00e9sent\u00e9e par le gouvernement Thatcher et vot\u00e9e quelques mois plus tard permet d&#8217;\u00e9viter qu&#8217;un autre gr\u00e9viste de la faim de l&#8217;IRA ne soit \u00e9lu <em>Member of Parliament<\/em>. Cette loi, vot\u00e9e alors que les soutiens nationaux et internationaux au d\u00e9put\u00e9 Sands ne cessaient de grandir, mat\u00e9rialisa l&#8217;id\u00e9ologie sous-tendant le concept de peuple. Le 5 mai 1981, lors d&#8217;une s\u00e9ance de questions parlementaires, le MP Duffy souligne l&#8217;intransigeance de Thatcher face aux demandes des gr\u00e9vistes de la faim et ses cons\u00e9quences sur l&#8217;opinion publique nationale et internationale. La premi\u00e8re ministre reste de marbre&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Her Majesty&#8217;s Government are on the side of protecting the law-abiding and innocent citizen and we shall continue in our efforts to stamp out terrorism. Mr. Sands was a convicted criminal. He chose to take his own life. It was a choice that his organisation did not allow to many of its victims.<\/em><a href=\"#_ftn3\"><em><strong>[3]<\/strong><\/em><\/a>&nbsp;\u00bb. D&#8217;un c\u00f4t\u00e9 les terroristes, de l&#8217;autre les citoyens \u00ab<em>&nbsp;law-abiding and innocents<\/em>&nbsp;\u00bb. De l&#8217;innocence comme cons\u00e9quence de l&#8217;ob\u00e9issance aux lois, ou secondarit\u00e9, dans la formulation m\u00eame de la dame de fer. Du terrorisme comme cons\u00e9quence d&#8217;une d\u00e9sob\u00e9issance \u00e0 la loi, comme marque de la non appartenance au peuple.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9cit <em>V for Vendetta <\/em>s&#8217;ouvre sur cet \u00e9cart\u00e8lement entre terroristes et citoyens un certain 5 novembre 1997. Moore y fonde son rapprochement entre deux p\u00e9riodes historiques s\u00e9par\u00e9es par cinq si\u00e8cles&nbsp;; d&#8217;un c\u00f4t\u00e9, un \u00e9cart\u00e8lement du peuple rendu audible pour le lecteur \u00e0 l&#8217;endroit m\u00eame o\u00f9 il se creuse, c&#8217;est-\u00e0-dire dans la voix de la destin\u00e9e de Londres et de ses habitants, t<em>he voice of Fate<\/em>&nbsp;; de l&#8217;autre, un grand \u00e9cart, et un rapprochement dans l&#8217;\u00e9cart, entre deux temporalit\u00e9s de l&#8217;Histoire de l&#8217;Angleterre, rendu visible par la pr\u00e9sence tut\u00e9laire de Guy Fawkes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>V and the voice of Fate&#8230;<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;\u00ab<em>&nbsp;Good evening London, it&#8217;s nine o&#8217;clock and this is the voice of fate broadcasting on 275 and 285 in the medium wave&#8230;it is the fifth of the eleventh, nineteen-ninety-seven.<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><em>The voice of Fate<\/em> unifie la ville et ses habitants. C&#8217;est la voix d&#8217;un acteur qui transforme en flots de paroles proph\u00e9tiques les algorithmes de <em>Fate<\/em>. La langue humaine sert de carapace au langage machinique, et la voix ne saurait \u00eatre contest\u00e9e&nbsp;. Par son biais, le \u00ab&nbsp;corps&nbsp;\u00bb du syst\u00e8me totalitaire fait entendre ses d\u00e9cisions, ordonne et prescrit l&#8217;\u00e9tat du monde. L&#8217;augmentation de la production d\u2019\u0153ufs fait \u00e9cho \u00e0 l&#8217;heure exacte de d\u00e9but d&#8217;une averse ou \u00e0 l&#8217;arrestation de vingt terroristes en attente de leur jugement imm\u00e9diat. Elle est diffus\u00e9e en tous lieux de la m\u00eame mani\u00e8re, par des hauts-parleurs dans les rues, \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision ou \u00e0 la radio, et ali\u00e8ne toute distinction entre pass\u00e9, pr\u00e9sent et futur ou diff\u00e9rence entre int\u00e9riorit\u00e9 et ext\u00e9riorit\u00e9. Aussi lorsqu&#8217;elle s&#8217;\u00e9l\u00e8ve dans la nuit londonienne en ce 5 novembre 1997, c&#8217;est la voix d&#8217;un soliloque qui s&#8217;\u00e9l\u00e8ve et non d&#8217;un monologue ou d&#8217;une invitation au dialogue&nbsp;; le soliloque d&#8217;un \u00eatre (<em>Norsefire<\/em>) dot\u00e9 d&#8217;un cerveau \u00e9lectronique qui s&#8217;exprime dans le langage de l&#8217;objectivation \u2013 l&#8217;averse annonc\u00e9e commencera exactement \u00e0 l&#8217;heure dite. C&#8217;est le soliloque d&#8217;un \u00eatre constitu\u00e9 par des organismes de r\u00e9pression portant le nom d&#8217;organes humains, comme <em>Finger<\/em> ou <em>the Nose. <\/em>Des organismes qui deviennent les organes du corps londonien par la seule force du langage informatique rev\u00eatu de la langue commune.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Fate <\/em>est devenu la conscience informatis\u00e9e d&#8217;une ville automate. Il a remplac\u00e9 les institutions que voulurent d\u00e9truire Guy Fawkes et ses comparses en 1605, soit le Parlement et le Roi qui symbolisaient l&#8217;autorit\u00e9 d\u00e9terminant le peuple anglais. Dans la fiction contemporaine, ces b\u00e2timents ne sont plus que des coquilles agit\u00e9es comme fictions d&#8217;autorit\u00e9 par <em>Norsefire.<\/em> Plus aucune d\u00e9cision n&#8217;y est prise. Et lorsque V fait sauter <em>Westminster<\/em>, il accomplit le v\u0153ux de Fawkes et r\u00e9v\u00e8le le statut de ruines de ces institutions. Sans ces illusions symboliques, le parti fasciste ne peut plus simuler sa continuit\u00e9 avec une histoire politique cens\u00e9e reposer sur l&#8217;\u00e9mergence de la <em>vox populi<\/em>, et <em>the voice of Fate<\/em> et ses organes de r\u00e9pression apparaissent comme les seules instances d\u00e9cisionnelles. Lib\u00e9r\u00e9 d&#8217;une symbolique de fa\u00e7ade qui ne le prot\u00e9geait que de son devenir,&nbsp; restitu\u00e9 \u00e0 un temps qui peut enfin s&#8217;\u00e9couler au del\u00e0 des ruines, ledit \u00ab&nbsp;peuple&nbsp;\u00bb se voit livr\u00e9 \u00e0 lui m\u00eame et directement confront\u00e9 aux instruments de son ali\u00e9nation.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Fate and the choice of V.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s t\u00f4t dans le r\u00e9cit, V se r\u00e9approprie son devenir historique en invoquant des figures tut\u00e9laires d&#8217;un temps et d&#8217;un espace abolis par la dictature. Il incarne la multiplicit\u00e9 de l&#8217;oubli\u00e9 dont il est issu, par ses emprunts aux po\u00e8mes de Milton, aux pr\u00e9ceptes politiques de Weishaupt ou encore aux vers de Val\u00e9rie, une actrice lesbienne qui mourut dans le camp de Larkhill. Ce faisant il renoue avec une dynamique mn\u00e9sique dans une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 l&#8217;imaginaire et la m\u00e9moire fig\u00e9e. Sa vendetta vise \u00e0 \u00e9liminer les responsables du camp o\u00f9 il fut emprisonn\u00e9 et tortur\u00e9. Mais elle croise en permanence sa guerre contre <em>Norsefire. <\/em>L&#8217;histoire personnelle de V s&#8217;ancre par cons\u00e9quent dans une histoire plus large ; elle en est une portion infime mais active. Pour autant elle ne la recouvre jamais ni jamais n&#8217;est recouverte par elle. Dans l&#8217;\u00e9cart entre ces deux histoires qui se superposent sans jamais se substituer l&#8217;une \u00e0 l&#8217;autre, se cr\u00e9e un espace et un temps d&#8217;une exp\u00e9rience singuli\u00e8re pour les habitant de Londres. Lorsque V s&#8217;empare de<em> Fate<\/em>, de la machine et des instruments techniques de la r\u00e9pression, pour modifier progressivement le discours d\u00e9livr\u00e9 aux habitants de Londres, ce n&#8217;est pas tant pour prendre la place de <em>Fate<\/em> et formuler un autre discours, que pour rendre \u00e9vidente la machinerie discursive&nbsp;; le discours derri\u00e8re la technique et la technique mu\u00e9e en voix. Les messages d&#8217;amour et les po\u00e9sies qu&#8217;il envoie ponctuellement depuis <em>Fate<\/em> cr\u00e9ent une rupture dans le soliloque, une latence dans la lin\u00e9arit\u00e9 du non-temps machinique, autorisant chaque habitant, dont le leader de <em>Norsefire<\/em>, \u00e0 dissocier leur r\u00e9cit de la narration proph\u00e9tique. La langue commune est r\u00e9investie d&#8217;une force symbolique dans l&#8217;\u00e9cart et les \u00e9motions surgissent \u00e0 nouveau. \u00c0 partir de deux histoires composant son r\u00e9cit, <em>V for Vendetta<\/em> nous renvoie aux milliers de r\u00e9cits constituant la narration d&#8217;un peuple en devenir et de son histoire. Aussi, afin que cette exp\u00e9rience reste un mouvement, V ne peut-il prendre ni la place de <em>Fate<\/em> ni celle du leader. Face aux discours du pouvoir pur, de l&#8217;it\u00e9ration identitaire et du peuple comme processus machinique de son maintien, V oppose son <em>will&nbsp;; <\/em>ce vers quoi il tend et le mouvement induit, mais \u00e9galement ce qu&#8217;il souhaite transmettre, son h\u00e9ritage, soit la possibilit\u00e9 d&#8217;un \u00e9cart pour ceux qui prendront le relais. Evey, emprisonn\u00e9e, tortur\u00e9e puis lib\u00e9r\u00e9e par V, est la figure premi\u00e8re de la r\u00e9p\u00e9tition dans l&#8217;\u00e9cart. Elle ne souhaite pas conna\u00eetre l&#8217;identit\u00e9 de son tortionnaire et lib\u00e9rateur lorsqu&#8217;il meurt. Et lorsqu&#8217;elle rev\u00eat le masque au sourire fig\u00e9 de Fawkes, elle ne prend ni la place de V ni celle de Fawkes mais rend visible dans la mise en \u0153uvre de son exp\u00e9rience singuli\u00e8re, la continuit\u00e9 du fugitif&nbsp;: de ce qui ne peut \u00eatre r\u00e9duit, ni soumis. \u00c0 l&#8217;instar du Parlement incapable de prot\u00e9ger de l&#8217;ali\u00e9nation les individus regroup\u00e9s sous le concept de peuple, ou d&#8217;une langue d\u00e9vor\u00e9e de l&#8217;int\u00e9rieur par le langage hors-temps de la machine, le masque de Guy Fawkes n&#8217;est autre qu&#8217;une all\u00e9gorie. Il ne pr\u00e9serve pas plus d&#8217;une identit\u00e9 fig\u00e9e, qu&#8217;il ne conf\u00e8re \u00e0 celui qui le porte l&#8217;exp\u00e9rience longue et douloureuse de la lib\u00e9ration. Guy Fawkes redevient non pas le personnage historique traversant les \u00e2ges pour secourir une ville en proie au mal totalitaire, comme pourrait le sugg\u00e9rer le faci\u00e8s fig\u00e9 du masque de V, mais la figure de l&#8217;\u00e9cart et de la transmission. D\u00e8s lors le \u00ab&nbsp;peuple&nbsp;\u00bb, ou celles et ceux le composant, ne peuvent \u00eatre qu&#8217;un mouvement, une multiplicit\u00e9 inconnaissable. Si l&#8217;on cherche cependant \u00e0 en saisir un instant, une image, cela ne peut se faire que dans l&#8217;\u00e9cart singulier du mouvement observ\u00e9 avec le concept de peuple. Un concept-miroir qui fut cr\u00e9\u00e9 par le hors-peuple des souverains, et dans lequel les membres dudit peuple voient d\u00e9sormais la permanence (le hors-temps et l&#8217;\u00e9ternit\u00e9, le verbe divin et son alter-ego algorithmique) et l&#8217;it\u00e9ration (la consanguinit\u00e9 et l&#8217;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9, ou leur r\u00e9plication machinique) de ce qui les emprisonne.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Moore et son temps, Fawkes \u00e0 tous les temps<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;auteur de dystopies s&#8217;empare d&#8217;un objet dont il ne peut faire directement l&#8217;exp\u00e9rience (un temps et un espace imagin\u00e9s \u00e0 partir du pr\u00e9sent d&#8217;\u00e9criture) pour conna\u00eetre un objet dont il ne peut s&#8217;emparer (le pr\u00e9sent \u00e0 la fois fuyant et se r\u00e9p\u00e9tant).La force de <em>V for Vendetta<\/em> est de garder l&#8217;\u00e9cart entre le pr\u00e9sent dont Moore et Lloyd subissent les assauts et le pr\u00e9sent fasciste contre lequel se bat V<em>.<\/em> Si<em> the voice of Fate<\/em> est distribu\u00e9e par un d\u00e9partement de propagande et sugg\u00e8re que la machine discursive au centre du dispositif fasciste contr\u00f4le le champ politique autant que le champ m\u00e9diatique, qu&#8217;elle les constitue tous deux et les rend \u00e9quivalents, elle n&#8217;est cependant pas d\u00e9crite comme la voix des \u00ab&nbsp;m\u00e9dia&nbsp;\u00bb traditionnels des ann\u00e9es Thatcher. C&#8217;est au lecteur de faire ce lien dans son pr\u00e9sent de lecture, dans son pr\u00e9sent d&#8217;accomplissement de la m\u00e9taphore litt\u00e9raire, et de faire de l&#8217;\u00e9cart induit un espace d&#8217;imagination \u00e0 partir de son pr\u00e9sent. Pour autant, l&#8217;\u00e9cart propos\u00e9 par <em>V for Vendetta<\/em> a souvent \u00e9t\u00e9 recolonis\u00e9 \u00e0 sa r\u00e9ception par un imaginaire sans imagination. Dans l&#8217;adaptation cin\u00e9matographique de 2006, V envoie par colis postal le masque de Fawkes \u00e0 tous les habitants de Londres. Ils le porteront en signe de protestation, mat\u00e9rialisant l&#8217;id\u00e9e d&#8217;une communaut\u00e9 de conscience et de r\u00e9sistance contre le pouvoir d\u00e9sign\u00e9 sous la forme traditionnelle du leader tyrannique&nbsp;; le probl\u00e8me n&#8217;\u00e9tant plus le pouvoir et ses outils de permanence et de r\u00e9it\u00e9ration, mais celui ou celle qui le d\u00e9tient. Il suffit aux habitants de Londres de porter ce masque, \u00e0 l&#8217;instar d&#8217;une relique prot\u00e9geant contre le feu du dragon, pour re-devenir le peuple-concept; uni, solidaire et conscient de son identit\u00e9 retrouv\u00e9e dans la chute du tyran. Lorsque dans l\u2019\u0153uvre litt\u00e9raire, les londoniens se soul\u00e8vent, c&#8217;est un vent de confusion qui souffle dans les rues. Personne ne sait, personne n&#8217;a v\u00e9cu encore ce pr\u00e9sent l\u00e0&nbsp;; l&#8217;ancienne peur de la r\u00e9pression est remplac\u00e9e par une peur nouvelle, celle de la lib\u00e9ration. Et la violence qui en d\u00e9coule est une \u00e9tape n\u00e9cessaire au lent mouvement vers l&#8217;anarchie imagin\u00e9e par V, sans leader ni instance m\u00e9canique de r\u00e9it\u00e9ration du pouvoir. \u00ab&nbsp;<em>Oh, you tortured me&#8230;Oh God, why&nbsp;?&nbsp;<\/em>\u00bb demande Evey en larmes \u00e0 V apr\u00e8s que ce dernier l&#8217;a enferm\u00e9 et menac\u00e9<em>e<\/em> de mort en se faisant passer pour l&#8217;un des chefs de la junte. \u00ab<em>&nbsp;Because I love you&#8230;Because I want to set you free.<\/em>&nbsp;\u00bb. V n&#8217;est pas un h\u00e9ros, encore moins un super h\u00e9ros. C&#8217;est un survivant et il sait que l&#8217;exp\u00e9rience de la lib\u00e9ration ne peut se r\u00e9sumer au seul port d&#8217;un masque, qu&#8217;il s&#8217;agisse du visage plastifi\u00e9 de Fawkes, de Batman ou de Kick-Ass. Plus r\u00e9cemment le mouvement <em>Anonymous<\/em> s&#8217;est \u00e9galement empar\u00e9 du masque de Fawkes pour signifier l&#8217;anonymat des hacktivistes de la communaut\u00e9 et la d\u00e9fense de la libert\u00e9 d&#8217;expression. Les illusions d&#8217;une id\u00e9e de r\u00e9volution 2.0 qui ont entour\u00e9 le printemps arabe ne sont pas tr\u00e8s loin, rendant iniques ou presque dans le discours la confrontation physique aux m\u00e9canismes r\u00e9pressifs du hors-peuple. La critique des technologies dans leur perspective historique se voit rel\u00e9gu\u00e9e derri\u00e8re la dimension de l&#8217;usage et la qualit\u00e9 de ceux et celles qui les utilisent.&nbsp; L\u00e0 o\u00f9 V recr\u00e9ait un \u00e9cart entre langue de temps et d&#8217;exp\u00e9rience, et algorithme hors-temps et hors-exp\u00e9rience, les anonymous cherchent \u00e0 les lier \u00e9ternellement dans \u00ab&nbsp;la libert\u00e9&nbsp;\u00bb pour le r\u00e9seau. Ce qu&#8217;on lib\u00e8re d\u00e9sormais ce sont les logiciels, le code et les espaces num\u00e9riques d&#8217;expression. A quoi bon le peuple d\u00e8s lors ? La question est aur\u00e9ol\u00e9e d&#8217;une puissance affirmative, comme si la repr\u00e9sentation avait d\u00e9j\u00e0 eu lieu. Sans savoir pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui a disparu, ce qui a pu \u00eatre l\u00e0 et qui ne l&#8217;est plus, ou plus comme tel, on cherche de nouveau \u00e0 conna\u00eetre et reconna\u00eetre ce peuple par une id\u00e9e, une identit\u00e9, un masque ou un concept. V r\u00e9pond par un \u00e9cart derri\u00e8re les l\u00e8vres fig\u00e9s du sourire de Fawkes \u00ab<em>&nbsp;First you must discover whose face lies behind this mask, but you must never know its face..<\/em>.&nbsp;\u00bb. Puis il fait exploser le parlement.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Richard Matheson, \u00e9crivain et sc\u00e9nariste \u00e9tats-unien, auteur de \u00ab&nbsp;Je suis une l\u00e9gende, 1954.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Alan Moore &amp; David Lloyd, V for Vendetta, <em>Behind the Painted smile<\/em>, Vertigo (DC Comics), 1990 \u2013 texte disponible \u00e0 la page web suivante : http:\/\/www.freewebs.com\/vforvendettagallery\/BehindTheSmile\/behindthesmile.htm<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a>&nbsp;&nbsp;&nbsp; http:\/\/www.margaretthatcher.org\/speeches\/displaydocument.asp?docid=104641<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00e0 quoi bon le peuple \u2013 la soeur de l&#8217;ange N\u00b013 Laurent Vannini \u2013 2014 En 1988, une guerre nucl\u00e9aire d\u00e9truit la plan\u00e8te \u00e0 l&#8217;exception de l&#8217;Angleterre. Quatre ans plus tard, l&#8217;organisation fasciste Norsefire s&#8217;empare du pouvoir et confie \u00e0 un ordinateur, Fate, la destin\u00e9e du pays. Parmi les d\u00e9viants intern\u00e9s au camp de Larkhill&hellip; <a href=\"https:\/\/chaotidien.fr\/?p=213\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">V for Vendetta<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chaotidien.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/213"}],"collection":[{"href":"https:\/\/chaotidien.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chaotidien.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chaotidien.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chaotidien.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=213"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chaotidien.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/213\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chaotidien.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=213"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chaotidien.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=213"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chaotidien.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=213"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}