{"id":121,"date":"2018-08-02T16:21:02","date_gmt":"2018-08-02T16:21:02","guid":{"rendered":"https:\/\/chaotidien.wordpress.com\/?p=121"},"modified":"2018-08-02T16:21:02","modified_gmt":"2018-08-02T16:21:02","slug":"sac-a-dos","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chaotidien.fr\/?p=121","title":{"rendered":"Sac \u00e0 dos\u00a0"},"content":{"rendered":"<div class=\"article-header\">\n<h1 class=\"title entry-title\"><\/h1>\n<\/div>\n<div class=\"article-content entry-content\">\n<div dir=\"ltr\">\n<div>\n<p>\u00c9tonnante similarit\u00e9 entre les personnages de Day Z et les migrants crois\u00e9s devant la m\u00e9diath\u00e8que Sagan \u00e0 13h00 avant l&#8217;ouverture du lieu. Ils semblaient Afghans. Ou non. C&#8217;est le quartier, sa r\u00e9putation, sa tradition qui me font dire cela. Je ne suis jamais all\u00e9 en Afghanistan et m\u00eame si cela avait \u00e9t\u00e9 le cas, est-ce que je pourrais reconna\u00eetre un Afghan d&#8217;un Pakistanais ou d&#8217;un Azerba\u00efdjanais ? Serais-je \u00e0 m\u00eame de diff\u00e9rencier un pachtoune d&#8217;un membre d&#8217;une autre ethnie ? M\u00eame si cela \u00a0je le ma\u00eetrisais, si je le pouvais, et \u00e0 mon sens cela est possible et ne pose pas de probl\u00e8me en soi, pas de probl\u00e8me d&#8217;essentialisation de traits ou je ne sais quelle connerie bien pensante (l&#8217;erreur et l&#8217;err\u00e9 doivent \u00e9galement guider la repr\u00e9sentation de l&#8217;autre, et les cat\u00e9gories utilis\u00e9es ne servent pas tant de remparts que de pistes dans ce jeu), est-ce que je le mettrais en oeuvre dans un contexte autre que celui d&#8217;une r\u00e9alit\u00e9 contemporaine de la migration d\u00e9finie comme probl\u00e9matique alors que ce qui l&#8217;est r\u00e9ellement c&#8217;est ce qui pousse des populations de plus en plus nombreuses \u00e0 quitter leur famille, leur foyer, leur lieu de vie, leur pays dans le sens le plus local du terme ? Loin de moi l&#8217;id\u00e9e de condamner les &#8220;migrations&#8221; et les migrants-es dans leur grande largeur, \u00e9tant moi-m\u00eame le fruit d&#8217;une migration et de sa s\u00e9dentarisation dont les causes r\u00e9elles m&#8217;\u00e9chappent et m&#8217;\u00e9chapperont jusqu&#8217;\u00e0 ma mort sans doute, m\u00eame si je peux les imaginer; du moins les causes qui auraient \u00e9t\u00e9 donn\u00e9es \u00e0 entendre par mon grand-p\u00e8re paternel, par sa famille si quelqu&#8217;un leur avait demand\u00e9 tandis qu&#8217;ils pr\u00e9paraient leur voyage, ou \u00e0 leur arriv\u00e9e \u00e0 Varang\u00e9ville, ou encore au moment o\u00f9 ils traversaient la fronti\u00e8re. Et peut-\u00eatre auraient-ils r\u00e9pondu diff\u00e9remment en chacun de ces lieux, et sans doute ce qu&#8217;ils en auraient dit eux-m\u00eames en chaque endroit n&#8217;aurait-il pas recouvert l&#8217;ensemble des raisons et circonstances qui leur firent prendre cette d\u00e9cision de partir.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>Peut-\u00eatre me poserais-je des questions semblables en d&#8217;autres circonstances que celles d&#8217;un apr\u00e8s-midi de septembre 2016 \u00e0 l&#8217;heure d&#8217;ouverture de la m\u00e9diath\u00e8que saint-lazare o\u00f9 se regroupent \u00e0 tous les \u00e9tages, mais au deuxi\u00e8me plus qu&#8217;\u00e0 d&#8217;autres, des migrants, des voyageurs, des nomades, qui cherchent une prise \u00e9lectrique pour recharger la batterie de leur portable, trouvent un peu de confort dans les coussins mis \u00e0 disposition des visiteurs, y somnolent, lisent, regardent une s\u00e9rie sans crainte, boivent un caf\u00e9, sont en paix. Peut-\u00eatre cependant que dans d&#8217;autres circonstances je n&#8217;aurais pas les m\u00eames sentiments, \u00e9motions, impressions en me posant la question de leur origine. Peut-\u00eatre que si je croisais les m\u00eames personnes dans un voyage en Afghanistan, en Angleterre, ou bien dans un Paris du 23\u00e8me si\u00e8cle devenue terre br\u00fbl\u00e9e apr\u00e8s l&#8217;av\u00e8nement du climax de la catastrophe nucl\u00e9aire ou climatique, mes \u00e9motions ne seraient pas la tristesse, la compassion, la sympathie et l&#8217;empathie, ou plut\u00f4t la disposition \u00e0 comprendre, ou encore la honte d&#8217;appartenir aux rangs de ceux dont la couleur de peau devrait inciter \u00e0 la responsabilit\u00e9, au questionnement, au partage et \u00e0 la r\u00e9flexion sur la continuit\u00e9 historique et morale de nos actions et en v\u00e9rit\u00e9 ne font que si peu pour revenir sur leur pass\u00e9 afin de ne pas le reproduire, afin de ne pas le v\u00e9n\u00e9rer dans l&#8217;\u00e9tablissement d&#8217;une forme de m\u00e9moire intacte jamais interrog\u00e9e, et de plus en plus difficile \u00e0 modifier, \u00e0 transformer en dialogue avec le r\u00e9el pour donner \u00e0 voir une r\u00e9alit\u00e9 pass\u00e9e mais pr\u00e9gnante aujourd&#8217;hui. Peut-\u00eatre \u00e9prouverais-je de la curiosit\u00e9, de la joie, de l&#8217;\u00e9tonnement, de la peur, de la haine pourquoi pas. Mais je reviendrai sur la n\u00e9cessit\u00e9 de ce sentiment plus tard. plut\u00f4t son in\u00e9vitabilit\u00e9, qui ne l&#8217;enferme cependant aucunement dans une fatalit\u00e9. Un telos. Peut-\u00eatre m\u00eame que dans d&#8217;autres circonstances je ne me serais pas pos\u00e9 la question et aurais vaqu\u00e9 \u00e0 mes occupations; peut-\u00eatre que ce n&#8217;est pas tant les traits de leur visage, la noirceur de leurs cheveux, leurs mouvements ou la langue \u00e9trange de leurs \u00e9changes qui m&#8217;ont interrog\u00e9. Mais leurs sac \u00e0 dos. Et pour \u00eatre plus pr\u00e9cis, la couleur de leur sac \u00e0 dos. Jaune pour l&#8217;un, rouge pour l&#8217;autre. Des sacs \u00e0 dos de petite taille, ceux que porteraient des \u00e9coliers. D&#8217;ailleurs ils en ont l&#8217;\u00e2ge, sortis \u00e0 peine de l&#8217;adolescence [mais peut-\u00eatre leurs traits ne refl\u00e8tent-ils pas leur \u00e2ge ?] Des sacs \u00a0\u00e0 dos que j&#8217;imagine contenir la majeure partie de leurs biens, si ce n&#8217;est tous leurs biens \u00e0 Paris. Des sacs \u00e0 dos qui semblent ternis, us\u00e9s, avoir fait le long voyage avec eux et qui les accompagnera sans doute l\u00e0 o\u00f9 ils veulent aller si toutefois Paris n&#8217;est pas la fin de leur voyage [puisqu&#8217;il est probable si ce sont des Afghans que certains veulent se rendre en Angleterre et doivent passer par Calais qui pourrait tr\u00e8s bien devenir leur destination finale]. Des sacs \u00e0 dos qui leur servent \u00e0 la fois de valise et de foyer, de symbole du pass\u00e9 et d&#8217;ancrage dans le pr\u00e9sent en attendant un futur impr\u00e9cis dont ils sont \u00e9galement le signe, le moyen de transport spatial et temporal en quelque sorte. Ils vont y mettre leur nourriture, leurs v\u00eatements, leurs souvenirs, leur argent, peut-\u00eatre m\u00eame ce qu&#8217;ils vont trouver sur leur chemin, acheter, se voir offrir, scavengers des temps modernes, du moins une certaine cat\u00e9gorie de scavengers qui ne font pas les poubelles, ou peut-\u00eatre que si, qui ne peuvent amasser \u00e9norm\u00e9ment, mais peut-\u00eatre qu&#8217;ils essayent quand m\u00eame. Ce ne sont pas des dumpsters \u00e9colos qui fouillent uniquement dans les poubelles des magasins bio, s&#8217;ils ont une \u00e9thique radicale, ou de grands magasins tout court s&#8217;ils veulent juste \u00e9viter le gaspillage et d\u00e9montrer qu&#8217;il est possible de vivre de ce qu&#8217;on r\u00e9cup\u00e8re dans les bennes \u00e0 ordure. Ce ne sont pas des Scavengers old fashioned tels ceux crois\u00e9s dans mon enfance, que mes parents pouvaient parfois appeler les camp-volants, et qui continuent aujourd&#8217;hui \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer du cuivre pour le revendre au kilo aux ferrailleurs, ou bien des v\u00eatements, et autres objects r\u00e9utilisables. Ce ne sont pas des scavengers clochardis\u00e9s, des \u00eatres humains r\u00e9duits \u00e0 la collecte sauvage en milieu urbain pour survivre. Ce ne sont pas des scavengers des Favelas, de d\u00e9potoirs, de villes poubelles au Mexique, au Br\u00e9sil, en Inde ou ailleurs, ces ailleurs de la mis\u00e8re du monde que nous autres blancs ne voulons plus accueillir, ou plut\u00f4t affronter. Non ce ne sont pas ces genres de Scavengers pour peu qu&#8217;ils repr\u00e9sentent ou composent une cat\u00e9gorie, ce que je ne souhaite en aucun cas \u00e9tablir sauf peut-\u00eatre pour d\u00e9crire en des termes identifi\u00e9s et porteurs de sens mais capables d&#8217;en accueillir d&#8217;autres [et il n&#8217;est pas surprenant d&#8217;assister \u00e0 une essentialisation des mots et des langues, dans l&#8217;intention ordonnant le web s\u00e9mantique par exemple, lorsqu&#8217;on constate dans le m\u00eame temps que ce qui faisait la force, la beaut\u00e9 et la complexit\u00e9 de nos &#8220;cultures&#8221; est rejet\u00e9, banni, point\u00e9 du doigt et du canon de fusil, et que nous sommes oppos\u00e9s \u00e0 l&#8217;accueil d&#8217;autres sens. Serait-ce que nous avons perdu le sens du mouvement qui nous a port\u00e9 comme &#8220;civilisation&#8221; jusqu&#8217;\u00e0 aujourd&#8217;hui ?] ce que j&#8217;imagine en voyant deux \u00e9trangers \u00e0 &#8220;mon monde&#8221; s&#8217;appr\u00eater \u00e0 entrer dans une m\u00e9diath\u00e8que, les \u00e9paules portant un sac \u00e0 dos color\u00e9, visible, r\u00e9v\u00e9lateur de leur statut de nomades. En r\u00e9alit\u00e9 ils pourraient \u00eatre des habitants domicili\u00e9s dans le quartier, plut\u00f4t que des habitants non domicili\u00e9s. Ce n&#8217;est que moi qui les imagine d&#8217;ailleurs, et en transition. Si Paris leur permet de partir, les recrache, ou reste indiff\u00e9rente jusqu&#8217;\u00e0 leur prochain d\u00e9placement. Quelque chose de leur gestuelle, de leur couleur de peau bien s\u00fbr, de leur langue, de leurs rapports gr\u00e9gaires, de leur attitude \u00e0 la fois enjou\u00e9e et sombre, et d&#8217;autres choses encore me font dire qu&#8217;ils sont d&#8217;ailleurs, que leur statut n&#8217;est pas enviable m\u00eame si je peux comprendre pourquoi ils sont l\u00e0. Et leurs petits sacs \u00e0 dos jaunes et rouges sont tr\u00e8s voyants, trop voyants ont les couleurs d&#8217;une cible de f\u00eate foraine. \u00a0Des sacs \u00e0 dos de cette couleur, il en existe ailleurs, dans un ailleurs au del\u00e0 des fronti\u00e8res, id\u00e9alis\u00e9, accessible \u00e0 tous, afghans, lorrains d&#8217;origine italienne ou porto-ricaines. Bien \u00e9videmment, il existe une dite &#8220;fracture num\u00e9rique&#8221; mais elle se r\u00e9sorbe alors voil\u00e0, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Cet ailleurs c&#8217;est un jeu en ligne. Un jeu qui se nomme DayZ dans lequel les joueurs incarnent une autre forme de scavengers, ceux d&#8217;un futur apocalyptique dans lequel les zombies ont envahi le monde et obligent les \u00eatres humains qui ont surv\u00e9cu \u00e0 survivre encore et encore, sans autre alternative \u00a0que la survivance comme modalit\u00e9 d&#8217;\u00eatre et d&#8217;exister. Dans DayZ, un personnage, et donc le joueur qui l&#8217;incarne, commence une &#8220;partie&#8221; presque nu, rev\u00eatu d&#8217;un pantalon et d&#8217;un T-shirt, muni d&#8217;une pile et d&#8217;un fumig\u00e8ne orange. Il surgit apr\u00e8s un d\u00e9compte de trente secondes comme processus temporalis\u00e9 de naissance dans l&#8217;univers de Chernarus, territoire grand comme la r\u00e9gion de boh\u00e8me, sur laquelle est copi\u00e9e sa cartographie, et o\u00f9 s&#8217;\u00e9tendent des plaines et des for\u00eats \u00e0 perte de vue, mais o\u00f9 se trouvent \u00e9galement des villages, des villes, des camps militaires, des a\u00e9roports et des ruines de chateau. Il existe plusieurs lieux de <em>Spawn<\/em>, de surgissement ou d&#8217;engendrement, et aucun personnage ne sait \u00e0 l&#8217;avance o\u00f9 il \u00e9mergera une fois le d\u00e9compte fini sur l&#8217;\u00e9cran noir. Sa naissance est al\u00e9atoire. Son engendrement est algorithmique, m\u00eame si les joueurs qui l&#8217;incarnent ne sont pas tous de la g\u00e9n\u00e9ration y. Et m\u00eame s&#8217;il peut \u00eatre jaune, blanc, femme ou homme, jeune ou vieux, d\u00e9garni ou chevelu, il est un m\u00eame, un identique, un plus qu&#8217;identique puisque non seulement son destin est le m\u00eame que celui de tous les autres personnages [il doit survivre pour survivre apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 engendr\u00e9 par un processus de calcul algorithmique durant trente secondes] mais ses mouvements sont exactement les m\u00eames, qu&#8217;il s&#8217;agisse de sa fa\u00e7on de courir, de ramasser un objet ou de panser une plaie lorsqu&#8217;il ou elle est bless\u00e9e. Mais ce qui le rend d\u00e9finitivement identique \u00e0 tous les autres personnages, c&#8217;est on patrimoine g\u00e9n\u00e9tique compos\u00e9 de 0 et de 1, sa binarit\u00e9 originelle dont il \u00e9merge comme un non-devenir, un advenu sans av\u00e8nement historique; une chim\u00e8re naissant et renaissant sans cesse. Lorsqu&#8217;un joueur voit son personnage \u00e9merger des ombres de la nuit originelle, la premi\u00e8re chose qu&#8217;il fait faire \u00e0 son personnage est de courir. Si le joueur est un expert et qu&#8217;il conna\u00eet le territoire, il sait vers o\u00f9 il fait courir son personnage. si le joueur est un novice, il fait courir son personnage o\u00f9 il peut, essayant tr\u00e8s vite de trouver de la nourriture\u00a0\u00a0(le personnage qui \u00e9merge de ce d\u00e9compte est affam\u00e9, semblable \u00e0 un enfant sortant du ventre de sa m\u00e8re, \u00a0et s&#8217;il ne trouve pas rapidement de quoi manger et boire, il meurt) dans les maisons abandonn\u00e9es, des armes, des v\u00eatements et surtout, essentiel, un sac \u00e0 dos pour transporter ce qu&#8217;il se trouve. Il existe des sacs \u00e0 dos de toutes les couleurs dans DayZ, vert, bleux, violets, jaunes et rouges. Mais ces deux derni\u00e8res couleurs sont tr\u00e8s voyantes et il est souvent pr\u00e9f\u00e9rable d&#8217;en changer d\u00e8s que l&#8217;occasion se pr\u00e9sente. Sinon le personnage ainsi accoutr\u00e9 risque de servir de cible facile \u00e0 d&#8217;autres personnages avides de sensations fortes, et qui s&#8217;engagent d\u00e8s leur entr\u00e9e dans le monde de Chernarus dans une chasse \u00e0 l&#8217;homme moderne. Les zombies sont un pr\u00e9texte. Ce que cherchent les joueurs en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, c&#8217;est accumuler, trouver des armes et tuer d&#8217;autres joueurs avant d&#8217;\u00eatre eux m\u00eame tu\u00e9s, et de recommencer aussi nus qu&#8217;un vers. Autant de fois qu&#8217;ils le veulent, pouvant m\u00eame parfois d\u00e9pouiller la carcasse de leur ancien personnage, de leur ancienne incarnation pour r\u00e9cup\u00e9rer ce qu&#8217;ils avaient collect\u00e9s dans leurs aventures pr\u00e9c\u00e9dentes. Et pour accumuler encore et plus, il faut un sac \u00e0 dos.<\/p>\n<p>Je me demande ce qui pousse des joueurs \u00e0 rester devant leur \u00e9cran des dizaines d&#8217;heure durant, assis, sans bouger, tandis que devant leurs yeux un personnage portant un sac \u00e0 dos de couleur tente de survivre dans un monde hostile. Les personnages me font penser aux migrants crois\u00e9 plus t\u00f4t devant la m\u00e9diath\u00e8que, qui ont travers\u00e9 des milliers de kilom\u00e8tres, risqu\u00e9 leur vie, incertains de leur avenir, entour\u00e9s par des blancs ench\u00e2ss\u00e9s dans leur allure assur\u00e9 et leurs habits repass\u00e9s, se frayant un chemin dans un monde hostile o\u00f9 les zombies se confondent avec les citadins effray\u00e9s \u00e0 l&#8217;id\u00e9e qu&#8217;un Afghan partage leur quotidien; certains mourront avant d&#8217;arriver \u00e0 destination, mais ils ne resurgiront pas du grand n\u00e9ant algorithmique. Ils seront suivis par d&#8217;autres cependant, qui leur ressembleront tellement que bien malin celui ou celle qui pourra dire s&#8217;ils sont autres si aucune discussion n&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9 engag\u00e9, aucune interrogation soulev\u00e9e, aucune empathie ressentie. Et leur trajectoire sera la m\u00eame. Leurs mouvements, leur langue, leur sac \u00e0 dos, seront identiques. Ils passeront une grande partie de leur journ\u00e9e devant l&#8217;\u00e9cran miniature de leur portable recharg\u00e9 en m\u00e9diath\u00e8que, pour se souvenir, regarder des images d&#8217;avant, converser avec les leurs rest\u00e9s l\u00e0-bas, dans un ailleurs temporel et g\u00e9ographique d&#8217;avant la catastrophe ayant initi\u00e9 leur d\u00e9part. Et parmi ces familles, amis, contacts rest\u00e9s l\u00e0-bas, certains seront peut-\u00eatre install\u00e9s devant un \u00e9cran d&#8217;ordinateur, engag\u00e9s dans une lutte \u00e0 mort dans l&#8217;univers de Chernarus, leur personnage harnach\u00e9 d&#8217;un sac \u00e0 dos jaune en piteux \u00e9tat. ou bleu.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9tonnante similarit\u00e9 entre les personnages de Day Z et les migrants crois\u00e9s devant la m\u00e9diath\u00e8que Sagan \u00e0 13h00 avant l&#8217;ouverture du lieu. Ils semblaient Afghans. Ou non. C&#8217;est le quartier, sa r\u00e9putation, sa tradition qui me font dire cela. 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